Le traitement de la collection Adney de maquettes de canots
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Bulletin de l'ICC, nº 28, décembre 2001
Le traitement de la collection Adney de maquettes de canots
Janet Mason, restauratrice, Division du traitement et du développement - Objets,

Des insectes ont creusé de nombreux
trous dans la peau de phoque recouvrant ce modèle de
kayak de la Baie d'Hudson de 96 cm de long (38 po). La charpente
était à ce point déformée que
les membrures centrales ont cassé

Ce modèle de canot (1,87 m [73,5 po]) de la traite des fourrures de la Compagnie de la Baie d'Hudson a été nettoyé ainsi que les pièces l'accompagnant. Plusieurs boîtes de conserve dont la peinture s'écaillait ont été consolidées ou repeintes.
Edwin Tappen Adney (1868-1950) a consacré une bonne partie de sa vie à étudier les embarcations de l'Amérique du Nord et à en construire des maquettes à l'échelle 1/5. Pour ce faire, il employait l'écorce de différents arbres (bouleau, épinette, orme, caryer, tilleul d'Amérique), du cuir d'orignal, de la peau de phoque, diverses essences de bois, des racines d'épinette, de la babiche, du cuir et de la gomme. Tous ces éléments étaient fidèles, dans les moindres détails, à la tradition culturelle des constructeurs des embarcations d'origine, que ce soit la courbe de l'arrière, les dimensions et l'espacement des ligatures ou les motifs gravés sur les avirons. M. Adney notait aussi soigneusement à l'encre noire, sous la coque, certains renseignements, notamment le type de canot représenté, mais aussi, dans certains cas, l'endroit où il avait étudié le modèle d'origine, que ce soit avec le propriétaire de l'embarcation, dans un musée ou à partir de descriptions s'il n'existait aucun modèle grandeur nature. Par la suite, M. Adney a enrichi sa collection avec des modèles de canots et de kayaks créés par d'autres maquettistes, bien que la fidélité de ces œuvres n'approchait pas celle de ses propres maquettes.
Dans les années 1940, le Mariner's Museum de Newport
News (Virginie) a acheté quelque 125 maquettes de Adney,
ainsi que les croquis et notes complémentaires. Ces
maquettes sont restées en réserve jusqu'à
ce qu'on décide récemment de les exposer. Dans
le cadre d'une demande de subvention pour préparer
les maquettes avant de les exposer, le Mariner's Museum a
demandé à l'ICC d'évaluer les travaux
de restauration de la collection. Il a ensuite confié
à l'ICC le traitement de différentes maquettes
dont les surfaces exigeaient des essais ou des travaux d'envergure
avant de les nettoyer.
Une de ces maquettes représentait un canot et son équipement à l'image de ceux qu'utilisait la Compagnie de la Baie d'Hudson. Ce modèle (MP127), recouvert de toile et mesurant 1,87 m (73,5 po) de long, regorgeait d'objets miniatures (ballots de fourrures, sacs de provisions, avirons, voiles et bâches). Malheureusement, il semble que la maquette ait aussi servi de cabinets à des souris puisque la moitié de la surface intérieure du canot, ainsi que de nombreux ballots et sacs, avaient été aspergés d'un liquide (probablement de l'urine) qui, en séchant, avait laissé une tache brun foncé. De plus, un morceau du tissu plié représentant une bâche et certains des membres en bois du canot avaient été rongés. L'analyse a révélé que la tache brune était soluble à l'eau et on s'attendait ainsi à l'éliminer. Bien que la tache ait été moins vive après le traitement, elle était toutefois toujours visible. Les deux types d'agents de blanchiment utilisés pour traiter les ballots et les sacs de tissu ont eu peu d'effet. La tache foncée persistante amoindrit toujours l'esthétique de la maquette.
Une maquette en écorce de bouleau (MP89), représentant un canot de trois brasses utilisé pour le commerce de la fourrure, n'était pas gravement tachée, mais il lui manquait 10 membres et les gaines en bois sous-jacentes avaient été rongées par des souris. L'écorce de bouleau était gravement endommagée, notamment à une des extrémités où de larges craquelures couraient dans les deux directions. Un stagiaire de Hong Kong en visite au Laboratoire des objets, Wing- Fai Lai1, travaillant avec force délicatesse, est parvenu à remettre l'écorce en place en l'alignant, à réparer les craquelures et à créer de nouveaux membres pour remplacer ceux qui manquaient.
La structure d'une autre maquette de canot était fortement évasée. Dans ce cas, les plats-bords s'étaient dépliés et les bancs de nage s'étaient détachés d'un des côtés, causant la rupture des lanières de racines qui les retenaient et la formation d'une ouverture de quelque 5 cm (2 po). On a d'abord cru que la maquette pourrait être redressée en l'exposant simplement à des vapeurs de solvant pour plastifier l'écorce, mais malheureusement, les vapeurs provoquaient l'écoulement de la gomme aux joints de l'écorce. Wing-Fai et Bob Barclay, un restaurateur principal du Laboratoire des objets, ont donc adopté une approche différente et plus complexe. Ils ont d'abord enlevé tous les membres, redonnant ainsi à la coque sa forme initiale. Pour atténuer les contraintes que peuvent subir les membres lorsqu'on les fixe de nouveau, ils en ont rogné l'extrémité pour les écourter. L'enlèvement de matériaux d'origine n'est pas pratique courante, mais cette étape était essentielle à la préservation de la structure d'origine. Ils ont ensuite fixé les membres et redressé la structure du canot.
Une fois tous les traitements terminés (après environ six mois), les maquettes de canots ont été préparées en vue de leur retour au Mariner's Museum. Chaque maquette a été enveloppée de papier de soie, placée dans des sangles à l'intérieur des boîtes d'origine, puis emballée et fixée à l'aide de rubans de coton supplémentaires afin d'empêcher tout mouvement. Les boîtes d'expédition, conçues et fabriquées au Mariner's Museum, sont très fonctionnelles et le musée prévoit éventuellement publier des détails sur leur fabrication.
Ce sont le personnel du Mariner's Museum et des bénévoles qui effectueront le nettoyage des 86 autres maquettes de la collection. Pour les aider à mener à bien cette tâche, l'ICC a organisé une séance de formation de trois jours consacrée à la rédaction de rapports sur l'état d'objets et de propositions de traitement, aux techniques de nettoyage permettant d'obtenir les résultats désirés de manière uniforme, à la consolidation de la gomme et aux méthodes de base pour réparer les racines, l'écorce et le bois qui sont craquelés ou brisés.
Lorsque la collection Adney pourra enfin être exposée, elle constituera, pour les chercheurs de nombreux domaines, une source d'objets de première main. Pour obtenir plus d'information sur cette collection, consulter le site Web du Mariner's Museum.
- Pour plus de renseignements sur les travaux de M. Lai,
voir «Stagiaires».