« Gérer le changement : le musée face aux défis économiques et sociaux »
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Bulletin de l'ICC, nº 28, décembre 2001
« Gérer le changement : le musée face aux défis économiques et sociaux »
par David Grattan1, gestionnaire, Division de la recherche sur les méthodes de restauration et les matériaux
La dernière Conférence générale du Conseil international des musées (ICOM) s'est tenue à Barcelone (Espagne) du 28 juin au 6 juillet 2001. Cette grande rencontre comportait plusieurs séances parallèles axées autour du thème général « Gérer le changement : le musée face aux défis économiques et sociaux ». Parmi les nombreuses questions abordées, celle de l'avancement de la réforme de l'ICOM constituait un sujet de préoccupation manifeste.
L'ICOM s'adapte aux défis que posent la croissance rapide et un environnement en constante évolution. L'un des nombreux aspects du processus de réforme est la révision du Code de déontologie et des Statuts, qui énoncent les règles de base du fonctionnement de l'ICOM lui-même et des musées qui en font partie. Les résultats de cette révision ont été présentés à la conférence de Barcelone et peuvent être consultés au site Web de l'ICOM (www.icom.org). Les conséquences de ces changements préoccupent beaucoup ceux qui sont concernés par la préservation du patrimoine culturel - en particulier les restaurateurs professionnels.
La question de la conservation occupe une place importante dans les documents révisés, et la rigueur des exigences en matière de conservation que le Code de déontologie impose aux musées est impressionnante. En bref, les musées sont tenus non seulement de considérer la conservation comme une partie intégrante de leur fonction, ils sont également obligés d'embaucher du personnel qui a suivi une formation professionnelle. Cela porte à croire que les musées reconnaîtront l'importance de la conservation au sein de leur organisation. Pourtant, même si les exigences de l'ICOM ne cessent de se resserrer, la place accordée à la conservation dans les musées diminue.
| Les extraits suivants
du Code de déontologie illustrent
l'importance que l'ICOM accorde à la
conservation dans les musées. |
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| 2.1. | Normes minimales pour les musées. L'autorité de tutelle [...] a la responsabilité de veiller à ce que toutes les collections qui lui sont confiées soient abritées, conservées et documentées de façon appropriée. | |
| 2.4. | Locaux. Les bâtiments
et les installations doivent permettre au
musée de remplir ses fonctions primordiales
de collecte, de recherche, de mise en réserve,
de conservation, d'éducation et de
présentation. |
|
| 2.5. | Les professionnels de musée doivent avoir une formation universitaire, technique et professionnelle appropriée et bénéficier d'une formation continue, afin de jouer leur rôle dans le fonctionnement du musée et la protection du patrimoine. | |
| 3.1. | Collections. La politique appliquée aux collections doit aborder les questions concernant la protection et l'utilisation des collections publiques existantes. Elle doit indiquer clairement les domaines de collecte et proposer des directives relatives à la conservation des collections à perpétuité. Seront également stipulées pour les acquisitions, des instructions assorties de limites et de conditions (voir la section 3.5), ainsi qu'une restriction sur l'acquisition d'objets ne pouvant être catalogués, conservés, entreposés ni exposés comme il se doit. | |
| 6.2. | Les professionnels de musée ne doivent pas déléguer de responsabilités importantes dans le domaine de la protection des collections, de la conservation ou tout autre domaine à des personnes qui n'ont pas les connaissances et le savoir-faire nécessaires ou qui ne sont pas contrôlées de manière satisfaisante pour aider à la protection des collections. | |
| 6.3. | L'une des obligations déontologiques essentielles de chaque professionnel de musée est d'assurer une protection et une conservation satisfaisantes des collections et des objets individuels dont l'institution employeur est responsable. La reconnaissance et le respect de l'intégrité et de l'authenticité culturelle et physique de chaque objet, spécimen ou collection, représentent une valeur fondamentale du travail de conservation. | |
Ce paradoxe a été mis en lumière au cours de la Conférence, lors de la table ronde du Comité international pour la conservation qui avait pour thème « Réinventer le département de conservation ». La question du changement y a été abordée par des représentants d'instituts de conservation importants : Jean-Pierre Mohen du Centre de recherche et de restauration des musées de France, Rik Vos de l'Instituut Collectie Nederland, Gaël de Guichen du Centre international d'études pour la conservation et la restauration des biens culturels (ICCROM), Tim Whalen du Getty Conservation Institute et Bill Peters de l'ICC.
Nancy Hushion, experte-conseil canadienne auprès des musées, a entamé la discussion en présentant le point de vue des gestionnaires des musées, qui sont régulièrement appelés à composer avec la baisse du soutien financier prêté à leur établissement. Face à des choix difficiles concernant l'affectation de ressources limitées, l'une des solutions les plus courantes a été d'éliminer la conservation et les restaurateurs des structures organisationnelles. Par conséquent, un grand nombre d'institutions n'ont désormais plus de département de conservation. La conservation est devenue un service qu'on se procure « au besoin » au lieu de faire partie intégrante des musées. Parfois, le laboratoire de conservation qui existait a même été utilisé à des fins tout à fait différentes (p. ex. comme boutique). Ces solutions, bien qu'à la mesure du problème du financement réduit, contredisent carrément les exigences mentionnées dans le Code de déontologie de l'ICOM.
Cette tendance à négliger les activités de conservation découle souvent des exigences en matière de reddition de comptes publics, c'est-à-dire que les musées doivent être perçus comme rigoureux et efficaces du point de vue économique. L'accent a ainsi été mis sur les expositions plutôt que sur les activités traditionnelles plus discrètes comme la recherche, l'étude et la conservation. La situation est parfois compliquée par le fait que les directeurs de musée sont des « vedettes des médias » qui n'ont pas de formation muséologique (situation dont a parlé Luis Monreal dans son allocution lors de la Conférence) et qui considèrent les activités de conservation d'une autre façon qu'un professionnel de musée qui a fait des recherches ou des études dans le domaine.
Dès lors, comment les institutions et les restaurateurs peuvent-ils assurer le respect de normes de conservation professionnelles dans les musées? Au cours de la séance, les conférenciers ont insisté sur la nécessité de mieux faire connaître l'importance du travail de conservation, non seulement dans la profession, mais par le public. Ils ont également souligné la nécessité de répondre aux besoins des clients - et dans le contexte d'un musée, cela signifie correspondre aux buts et aux objectifs du musée. Une autre question qui a souvent été mise sur le tapis est la nécessité de forger des partenariats entre les musées et de travailler davantage en équipe.
À la fin de la séance, les conclusions suivantes ont été retenues :
- Les restaurateurs doivent prendre une plus grande part de responsabilité dans la préservation du patrimoine culturel.
- La conservation doit devenir un aspect important de la formation des gestionnaires de musées.
- Il faut qu'on perçoive clairement que la conservation répond aux besoins du client (et le client, c'est le musée ou le visiteur du musée, non l'objet).
- Les restaurateurs doivent comprendre que les musées ont changé radicalement et que, pour continuer à faire partie des musées, eux aussi doivent changer.
- Les restaurateurs doivent convaincre le public de l'importance des « objets véritables » et de l'« authenticité ».
En bref, les restaurateurs doivent faire connaître l'importance de la conservation à toutes les personnes concernées, en particulier le public. En outre, la nécessité de créer des partenariats avec les musées et de travailler en équipe avec d'autres professionnels est de plus en plus évidente.
Dans le but de relever ces défis, la résolution suivante a été présentée et adoptée par l'Assemblée générale :
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« Considérant que le patrimoine culturel et naturel de l'humanité, mobilier et immobilier, est fondamental pour notre identité culturelle, Considérant l'importance de ce patrimoine, son caractère vulnérable et l'obligation morale d'en garantir l'accès aux générations actuelles et futures, La 20e Assemblée générale de l'ICOM réunie le 6 juillet 2001 à Barcelone, Espagne, demande à l'ICOM de diffuser l'information sur la fragilité de notre patrimoine et de sensibiliser le public aux actions de conservation. » |
Si cette résolution se concrétise, alors peut-être que Gaël de Guichen aura eu raison de dire que nous ne devrions plus jamais voir la mise en garde « Fermé en raison de travaux de restauration » et que, dorénavant, on lira plutôt « Ouvert pendant les travaux de restauration ».
- David Grattan est également le président
du Comité international de l'ICOM pour la conservation.