Les résidus de pesticides dans les collections de musée

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Bulletin de l'ICC, nº 28, décembre 2001

Les résidus de pesticides dans les collections de musée

par Jane Sirois, scientifique en conservation, Laboratoire de recherche analytique

Radiographie d'un spécimen d'histoire naturelle (pie-grièche) montrant la présence d'arsenic (petites taches blanches) dans la peau de l'oiseau.

On sait depuis déjà quelque temps que des pesticides peuvent être présents dans les collections de musée. Nombre de ces composés sont toxiques et peuvent constituer un danger pour les personnes avec lesquelles ils entrent en contact. Il est donc important de cerner la nature et de comprendre les effets des résidus de pesticides que peuvent renfermer des spécimens d'histoire naturelle, ainsi que des objets de collections anthropologiques et ethnographiques.

La détermination de la nature des pesticides prime particulièrement dans le cas d'objets qui sont rapatriés dans des collectivités autochtones et remis à des particuliers. Ces objets (par exemple des masques et autres objets sacrés) seront souvent utilisés de manières qui occasionnent un contact plus fréquent avec les gens que ce n'était le cas auparavant. La modification de l'usage peut ainsi fortement accroître les risques que pose toute substance toxique qui peut être présente.

Des groupes et des instituts d'un certain nombre de pays, dont le Canada, les États-Unis et le Danemark, effectuent des travaux visant à résoudre le problème des pesticides dans les collections de musée et, plus particulièrement, les préoccupations relatives à leur présence dans des objets qui sont rapatriés dans des collectivités autochtones.

Au XIXe siècle et au début du XXe siècle, il était d'usage dans les musées d'utiliser des solutions insecticides d'arsenic ou de chlorure mercurique, en les appliquant sur les spécimens d'histoire naturelle. Certains musées employaient aussi ces traitements pour les collections ethnographiques. Parmi les autres pesticides moins connus dont on a relevé la présence dans les collections de musée, on trouve le naphtalène, le paradichlorobenzène, le dichlorvos, le DDT, le lindane, le bromure de méthyle, l'arséniate de plomb et le borax. Malheureusement, l'application de ces composés n'était pas nécessairement inscrite dans les dossiers de traitement des objets et il peut arriver qu'il n'existe aucun document à ce sujet. Il faut donc examiner les collections pour confirmer la présence ou l'absence de pesticides.

Depuis 1987, les membres du Laboratoire de recherche analytique de l'ICC analysent des objets pour déceler la présence de composés d'arsenic et de mercure. Ils ont ainsi examiné plus de 850 spécimens d'histoire naturelle et 450 objets de collections autochtones du Canada, de même que des objets provenant d'autres pays. On effectue aussi depuis peu des travaux sur les pesticides organiques, notamment une étude pilote sur les méthodes d'analyse non destructive (par exemple la chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse, technique qui permet d'analyser les vapeurs de pesticides organiques volatils) pour détecter le naphtalène, le paradichlorobenzène et le dichlorvos.

En plus des travaux de recherche et d'analyse de ce genre, les scientifiques en conservation ont récemment organisé plusieurs colloques sur la contamination des collections de musée par des résidus de pesticides. Des employés de l'ICC ont été invités à participer à deux de ces réunions, soit Contamination of Museum Materials and the Repatriation Process for California Indians: A Working Conference, tenue à la San Francisco State University du 29 septembre au 1er octobre 2000, et Contaminated Collections: Preservation, Access and Use, au National Conservation Training Center, à Shepherdstown (Virginie occidentale), du 6 au 9 avril 2001, dont l'organisation était assurée par la Society for the Preservation of Natural History Collections, le National Park Service et le Smithsonian National Museum of the American Indian. On y a présenté les travaux d'analyse des résidus de pesticides dans les objets de musée effectués à l'ICC. Lors de la réunion de Shepherdstown, les repré sentants de l'ICC ont aussi participé à deux groupes de travail, l'un sur les politiques et la planification, et l'autre sur les méthodes d'essai et la recherche et développement.

Les chercheurs de l'ICC et d'autres organismes étudient actuellement certains des problèmes qui ont été soulevés au cours des deux rencontres, notamment la nature des pesticides qui peuvent avoir été utilisés dans les collections, les méthodes de détermination de la nature des substances toxiques présentes sur les objets, les effets de ces substances sur la santé des personnes qui manipulent les objets en question, les concentrations auxquelles ces substances présentent un risque, les méthodes appropriées de manutention et d'utilisation des objets, ainsi que les traitements qui permettraient d'éliminer les pesticides présents dans les objets.

Les futurs travaux se doivent d'être de nature coopérative et on cherche actuellement à tisser des liens avec les collectivités autochtones, les musées, les agents en santé au travail, les toxicologues et d'autres scientifiques. Le travail d'équipe permettra de protéger les objets et les personnes qui les manipulent des dangers que constituent les résidus de pesticides.