Traitement d'un portrait au pastel
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Bulletin de l'ICC, no 31, juin 2003
Traitement d'un portrait au pastel
par Edward Kulka, restaurateur, Division du traitement et du développement - Œuvres sur papier

En 1895, le musée du Château Ramezay, à Montréal, faisait l'acquisition d'un portrait au pastel sur papier du major-général John Small (1726–1796). Le portrait a été exécuté entre 1782 et 1796 par un artiste inconnu mais visiblement talentueux. L'œuvre fut en exposition permanente au musée de 1950 à 1967. Une photographie prise pendant cette période montre un portrait en bon état, à l'exception d'une petite tache sur le haut de la bandoulière du major. Il semble que le portrait ait été mis en réserve pendant les 28 années suivantes, période au cours de laquelle le personnel du musée a remarqué l'apparition d'autres taches gênantes. En 1995, le personnel du musée demandait l'assistance du Centre de conservation du Québec (CCQ) puis, éventuellement celle de l'ICC.
Il n'existe aucune documentation sur les restaurations antérieures bien qu'un examen minutieux de la photographie révèle que le fond bleu et une partie du portrait, notamment la cravate et le côté droit du cou, ont sans doute été retouchés pour recouvrir les parties où le pastel avait été endommagé. Le pastel des zones non tachées était en bon état, les couleurs éclatantes mais aucun fixatif n'avait été appliqué. L'œuvre est arrivée à l'ICC dans un grand cadre orné, de couleur or, et le vitrage du cadre était en contact direct avec l'œuvre.
Ce portrait au pastel a été exécuté sur une fine feuille de papier collée sur une toile tendue et fixée à un châssis. Un examen au microscope a révélé une surface rugueuse mais brillante et de couleur ambrée. La surface est endommagée par des taches de dimensions variées qui, comme toute tache d'eau, ont un centre plus clair que le contour, mais qui n'ont pas pénétré jusqu'au verso de la toile.
Elizabeth Moffatt, scientifique en conservation, a effectué à une spectroscopie infrarouge, dans le Laboratoire de recherche analytique de l'ICC, et en a conclu que la quantité de matériau à l'origine des taches est si infime qu'il est impossible d'en détecter la présence. De plus, une analyse des échantillons a révélé la présence d'un certain nombre de pigments et de matières de charge dont du sulfate de baryum qui date l'œuvre d'après 1782 ou 1783. Un essai ponctuel effectué sur le bord extrême droit a montré que le papier était extrêmement absorbant. L'essai a causé l'apparition d'une tache d'eau typique et semblable à celles déjà présentes sur le dessin.
Parmi les causes possibles de taches, la plus probable semble être l'humidité due sans doute à une technique d'encadrement sans cale qui a fait que le pastel reposait directement contre le vitrage. Dans des conditions d'entreposage loin d'être idéales, les taches ont dû apparaître au cours de plusieurs périodes d'humidité relative élevée. Comme le mentionnent les ouvrages en conservation consultés, et comme le confirme l'essai ponctuel, l'exposition à l'humidité peut altérer l'apparence des pigments de pastel. Il existe autour de l'œuvre une marge sans tache d'environ 5 cm où le châssis de bois a sans doute agi comme un tampon et absorbé la condensation qui se formait.
Traitement
Après quelques essais préliminaires effectués avec des outils pour soins dentaires, une petite tache a été choisie pour être enlevée. Le petit amas de pastel de la tache a été écrasé au moyen d'une estompe ou d'un tortillon. On a ainsi obtenu un petit tas de poudre de la même couleur que celle du pastel avoisinant (par modification de l'indice de réfraction). À cette étape, le choix était de se débarrasser de la poudre de pastel ou de la réintégrer au fond relativement uni. Étant donné que la poudre de pastel faisait partie de l'œuvre originale, il a été décidé de la réintégrer.
Les taches plus petites aux contours plus flous ont ainsi complètement disparues, mais nous n'avons réussi qu'à réduire les taches aux contours plus marqués. Les couches supérieures ont pu être réduites en poudre mais une fine couche foncée restait fermement fixée au subjectile. Il est possible que cela soit dû à la dissolution par l'humidité de l'enduit sur le papier. La réintégration de la poudre de pastel n'a pu recouvrir la tache sous-jacente que partiellement. D'autres essais ont révélé qu'en utilisant des outils plus tranchants ou qu'en travaillant trop la matière, on risquait d'aggraver le problème et d'avoir à faire des retouches supplémentaires. Savoir quand s'arrêter devint un aspect essentiel du traitement.
Après avoit rendu les taches moins apparentes, deux auréoles très prononcées (coin supérieur gauche et coin inférieur gauche) ainsi que des lignes foncées, traces de tentatives de restaurations antérieures, ont également été estompées au moyen d'un tortillon. Quelques retouches au pastel nécessaires ont été effectuées. Une petite déchirure et la partie décollée sous les taches d'eau ont été réparées avec une pâte à base d'amidon de blé. Enfin, l'encadrement a été modifié de façon à assurer un espace entre le vitrage et l'œuvre.
Le pastel a été retourné au musée du Château Ramezay où une vigilance sera exercée pour déceler toute nouvelle apparition de taches.