Résultats de la séance de rétroaction pour les propositions de recherche – Conférence de l'ACCR 2010

Au cours de la réunion annuelle de l'ACCR de juin 2010, l'ICC a organisé une séance de remue-méninges pour inciter les délégués à proposer des sujets de recherche.

Avant cette réunion, on a fait savoir aux membres de l'ACCR que l'ICC allait les inviter à lui suggérer des sujets de recherche sur la conservation. La question qui leur a été posée était celle-ci : « Quel est le plus important problème de conservation sur lequel l'ICC devrait faire porter ses recherches » On a invité les membres à communiquer leurs idées à l'ICC ou à les présenter à la réunion. Ces propositions ont été compilées au cours des deux premiers jours de la réunion et le troisième jour, les délégués les ont classées par ordre de priorité.

On avait reçu neuf propositions avant la réunion, et 26 autres ont été présentées au cours de celle-ci. Voici la liste des 10 principaux sujets de recherche proposés au cours de cette année, dans l'ordre de priorité déterminé par les délégués qui assistaient à la conférence.

  1. Enquête sur l'éclairage de matériaux sensibles à l'aide d'ampoules à diodes électroluminescentes (DEL).
    Recherche sur les pratiques d'éclairage des musées et sur l'utilisation de nouvelles méthodes ou technologies d'économie d'énergie, par exemple les DEL. Comment se comparent leurs performances, leurs effets sur les objets éclairés et leur économie en termes de coûts pour les musées?

  2. Accès aux services de conservation. Comme les petits musées ont besoin de services de base, comment pourrait-on mettre sur pied un réseau afin de répondre à ces besoins en utilisant les services de conservateurs sous-utilisés d'institutions privées?

  3. Comment peut-on consolider les articles en cuir et développer un apprêt qui améliorerait tant leur aspect visuel que leurs caractéristiques?

  4. Compte tenu des efforts récents visant élargir la portée des lignes directrices régissant les conditions sécuritaires d'humidité relative (HR) pour des prêts, je recommande que des travaux supplémentaires portent sur l'effet d'un accroissement de 40 à 60 % (soit de 50 ± 10 %) des fluctuations de HR pendant de courtes périodes (de 12 à 24 heures) sur des artéfacts sensibles éclairés comme les manuscrits, les couches d'ivoire minces, les articles à revêtement de laque mince, les peintures sur support mince, etc.

  5. Examiner la possibilité d'utiliser des éponges de nettoyage à sec sur les surfaces de peintures acryliques et à l'huile, ou encore, des éliminateurs de suie (en caoutchouc vulcanisé) ou des biseaux éponges cosmétiques (en latex ou une autre matière). Quels sont les problèmes possibles dus à leur composition ou à leurs résidus (le cas échéant), et quels sont les vrais risques, s'il y a lieu?

  6. Comment peut-on obtenir la participation d'universitaires et d'étudiants à plusieurs projets de recherche de l'ICC?

  7. Étude des pigments verts à base de cuivre et de leur traitement, ainsi que des problèmes de corrosion des manuscrits et des écritures et œuvres sur papier. (Existe-t-il de nouvelles techniques de stabilisation chimique semblables au traitement par le phytate de calcium pour l'encre ferro-gallique?)
    Problèmes de corrosion due au cuivre sur le papier, par catalyse oxydante.

  8. Comment doit-on traiter les problèmes de corrosion par le fer métallique ou d'autres métaux qui réagissent avec des surfaces peintes de valeur, p. ex. dans le cas d'objets industriels, d'affiches ou de contenants attaqués par la rouille, etc., qui peuvent servir de support à des peintures de valeur?

  9. Comment doit-on traiter les nouveaux matériaux qui entrent dans la composition de certaines œuvres d'art contemporain, par exemple les matériaux synthétiques ou d'autres matériaux non traditionnels.

  10. Rechercher des « produits de remplacement verts » qui s'harmonisent bien avec les pratiques de conservation, et déterminer leurs effets sur des objets du patrimoine culturel (c.-à-d. chercher à remplacer des solvants ou des surfactants toxiques, etc.).

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Les travaux de recherche de l'ICC

L'ICC doit donner suite dans un proche avenir à quatre des points de cette liste par une combinaison d'activités de recherche et de formation.

Éclairage (no 1) – Dès le printemps de 2011, l'ICC offrira un atelier de développement professionnel sur l'éclairage dans les salles d'exposition. Cet atelier, qui sera animé par des chercheurs en conservation et par un concepteur d'éclairage, portera sur diverses solutions d'éclairage (notamment, sur les nouvelles ampoules DEL qui arrivent sur le marché), ainsi que sur des outils destinés à faciliter les décisions en cas de dilemme « visibilité ou vulnérabilité ». De plus, cet atelier doit aussi démontrer les possibilités des nouveaux outils qui ont été développés pour la prise de décisions « éclairées » sur les questions d'éclairage, comme l'appareil d'essai de dégradation lumineuse Micro-Fade (qui peut être utilisé pour évaluer la vulnérabilité de colorants) et la règle à calcul pour évaluer les dommages causés par la lumière (qui facilite les prévisions de décoloration en fonction du temps).

Lignes directrices relatives à l'humidité relative (no 4) – Bien qu'un grand nombre d'années d'observation et d'expériences ait permis d'identifier des artéfacts et dispositifs qui sont vulnérables aux fluctuations de l'humidité, il faut caractériser cette sensibilité de façon plus précise afin de faciliter la prise de décisions pour l'évaluation des collections et le choix des méthodes appropriées de régulation des conditions ambiantes. L'ICC doit rassembler des informations supplémentaires afin de déterminer la vulnérabilité de certaines catégories d'objets, et elle doit poursuivre ses recherches sur la fracture du bois causée par les fluctuations de HR. L'ICC effectue aussi des recherches destinées à raffiner le calcul des isopermes (courbes HR/température), qui peuvent avoir des applications pour l'entreposage des archives et l'utilisation de la fumigation haute température.

Corrosion due au cuivre sur le papier (no 7) – Des travaux de recherche réalisés en Europe ont identifié un certain nombre d'antioxydants qu'on peut utiliser pour limiter la détérioration du papier catalysée par le cuivre. L'ICC doit réaliser un programme d'essais complémentaires basé sur les résultats européens et présenter des recommandations concernant les différentes approches de traitement.

Solutions de remplacement vertes pour les pratiques de conservation (no 10) – Ce secteur connaîtra vraisemblablement des développements continus au cours des prochaines années. L'ICC rédige actuellement un article sur l'utilisation de revêtements « plus verts » dans les musées.

En plus de ces sujets de recherche, deux autres grands thèmes se démarquaient parmi les autres propositions.

Le premier concerne l'ICC et les conservateurs dans la grande communauté de la conservation. Les points n° 2 (accès aux services de conservation pour les petits musées) et n° 6 (obtenir la participation d'universitaires et d'étudiants aux projets de recherche de l'ICC) nous rappellent que la communauté de la conservation du Canada est petite et que nous devons mettre ensemble l'épaule à la roue pour relever les défis de la préservation.

Accès aux services de conservation (no 2) – Cette proposition soulignait le besoin d'accès aux services des conservateurs exprimé par les petits musées du Canada, mais elle n'expliquait pas clairement si ce besoin était dû à un manque de fonds ou à l'absence de réseau. Comme l'ICC n'est pas un organisme de subventions, les questions de financement ne relèvent pas de son mandat. Mais, si ce problème peut être réglé par la création d'un réseau, est-ce que l'ACCR peut s'en occuper? Habituellement, les petits musées demandent de l'aide à leur association provinciale, et l'ICC tient des réunions régulières avec les représentants de ces associations pour examiner les besoins de leurs musées membres. L'ICC aide les petits musées par des publications comme Notes de l'ICC et par ses ateliers (qui sont réalisés en collaboration avec les associations provinciales des musées).

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Obtenir la participation d'universitaires et d'étudiants aux projets de recherche de l'ICC (no 6) – L'ICC a toujours organisé des réunions et des échanges réguliers en collaboration avec le Programme de maîtrise en conservation d'art (Master of Art Conservation - MAC) de l'Université Queen's à Kingston, mais une collaboration plus étroite offrirait des avantages supplémentaires. L'ICC et l'Université Queen's doivent se réunir au cours de l'année prochaine pour examiner des questions d'intérêt commun.

L'autre thème est le traitement des oeuvres d'art contemporain. Pour le moment, l'ICC n'a pas les ressources nécessaires pour établir un programme de recherche sur les problèmes de conservation propre aux œuvres d'art contemporain. Toutefois, nous disposons d'une certaine expertise dans le domaine de la dégradation des polymères et nous avons publié des articles sur des mesures préventives de conservation pour les polymères et certains types d'œuvres d'art contemporain, par exemple les murales extérieures. Nous invitons les conservateurs à poser des questions spécifiques à l'ICC, qui fera de son mieux pour les aider à trouver une réponse. Il faut aussi noter qu'Alison Murray, du programme MAC de l'Université Queen's, effectue des recherches sur des questions de conservation ayant trait aux résines acryliques.

Bien que pour le moment, l'ICC ne puisse s'occuper de toutes ces questions, nous avons besoin de la contribution de la communauté de la conservation pour définir nos priorités et bien planifier notre action. Si la communauté nous indique qu'il existe un besoin réel pour tel ou tel domaine spécialisé, même si nous n'avons pas les ressources nécessaires pour y pouvoir, cela pourrait bien nous inciter à acquérir l'expertise requise. Nous vous invitons à nous communiquer tout problème particulier concernant un traitement ou la préservation. Si nous ne pouvons pas vous aider, nous trouverons quelqu'un qui le peut.

Je tiens à remercier toutes les personnes qui ont fait des suggestions ou qui ont participé à ce processus, ainsi que l'ACCR, qui nous a permis de tenir cette consultation pendant sa conférence.

Charlie Costain
Directeur général adjoint de l'ICC
Directeur, Recherche, conservation et services scientifiques