Conséquences directes de la force
Effets de la vibration sur des personnes
Effets de la vibration sur des objets
Vibration dans le domaine de la construction et ses effets sur les bâtiments
Vibrations et équipements sensibles
Sources et intensités des forces
Caractéristiques des objets et sensibilité aux forces
Stratégies de réduction des risques
Vignette 1. Blue Venus (Surface fragile endommagée pendant le transport)
Vignette 3. Mobilier endommagé pendant le transport (Martha Sturdy, Vancouver, Colombie‑Britannique)
Vignette 4. Résilience sismique d’œuvres d’art et d’antiquités
Références (*Principaux ouvrages sur le sujet)
Les forces physiques peuvent endommager directement les objets en provoquant leur rotation ou leur déformation, ou en exerçant des contraintes ou une pression sur ceux‑ci. Elles peuvent également les endommager indirectement en provoquant des collisions entre ceux-ci ou entre leurs éléments. Les dommages qu’entraînent les forces physiques varient, allant de minuscules fissures imperceptibles et de pertes négligeables aux effets de grande ampleur, comme l’écrasement d’objets, l’effondrement d’étages et, dans des cas extrêmes, la destruction de bâtiments. Parmi les effets importants dus aux forces physiques, nous en décrivons cinq : l’impact, le choc, les vibrations, la pression et l’abrasion. Certains de ces effets sont étroitement liés. On les définit comme suit :
Il y a impact lorsque quelque chose frappe un objet, lorsqu’un objet frappe une surface dure ou lorsque des objets se heurtent. La force de l’impact peut être concentrée dans une zone restreinte, ou diffuse, selon la dureté et la forme des surfaces qui se heurtent. Les dommages que produisent les impacts localisés, comme les petites fissures, peuvent accroître la vulnérabilité d’un objet aux forces physiques.
Le choc est normalement le résultat d’un fort impact. Il peut provoquer des déformations importantes d’objets ou de leurs parties et y exercer des contraintes. L’intensité des chocs se mesure en « g » – l’unité d’accélération –, où 1 g est égal à l’accélération qu’entraîne la gravité terrestre. Par exemple, si un objet subit un choc de 100 g, il sera soumis à une force égale à 100 fois son poids pendant un bref moment (de 1 à 10 millisecondes). Les chocs peuvent causer des dommages considérables à la plupart des objets d’art et constituent une source importante de dommages pendant leur transport.
La vibration est le mouvement oscillatoire d’un objet par rapport à un point fixe. Déplacé de sa position d’équilibre puis relâché, tout objet sujet aux vibrations vibrera sans contrainte. On parle alors de vibrations libres. Un diapason illustre parfaitement ce phénomène : frappé, il vibre sans contrainte à une seule fréquence. L’amplitude des vibrations diminue avec le temps, à mesure que l’énergie transmise au diapason se libère (voir la figure 1a). Un objet peut également vibrer en réponse à une source externe de vibrations, comme c’est le cas des marchandises dans un véhicule de transport. On parle alors de vibrations forcées. La forme la plus simple de vibration continue est le mouvement harmonique, c.-à-d. un mouvement qui se répète de façon identique après un certain temps, tel qu’illustré à la figure 1b. La vibration aléatoire est une vibration que l’on retrouve notamment dans les véhicules en mouvement, ainsi que d’autres sources communes. Il s’agit de la combinaison complexe de plusieurs fréquences de vibration, dont les amplitudes aléatoires diffèrent. La figure 1c présente une vibration aléatoire sur un graphique d’amplitude en fonction du temps.
Pour décrire la vibration, on utilise deux quantités fondamentales : la fréquence (en cycles par seconde ou Hertz [Hz]) et l’amplitude (qui décrit un déplacement, une vitesse ou une accélération). L’amplitude des vibrations dans le domaine de la construction est exprimée sous forme de vitesse des particules (c.-à-d. la vitesse d’une particule qui transmet une onde). Cette mesure correspond bien à la propagation de fissures apparentes dans les structures (voir la section « Vibration dans le domaine de la construction et ses effets sur les bâtiments », plus loin dans le texte).
Figure 1a) Vibration libre d’un diapason. L’amplitude de la vibration diminue avec le temps en raison des forces d’amortissement, comme la friction et la résistance de l’air, qui dissipent son énergie.
Figure 1b) Vibration harmonique continue, et sa représentation sous forme d’une courbe sinusoïdale sur un graphique d’amplitude en fonction du temps, tracée par le mouvement d’un poids suspendu à un ressort (M sur le graphique papier mobile).
Figure 1c) Vibration aléatoire et sa représentation sur un graphique d’amplitude en fonction du temps. Les données de vibration aléatoire sont normalement converties en données de fréquence en fonction du temps, à l’aide d’appareils d’analyse. L’information sur les composantes fréquence que contient une source de vibration permet d’évaluer son impact sur des structures.
La pression est la force appliquée sur une unité de surface d’un matériau et peut être le résultat de la gravité ou de la manipulation. Elle peut contribuer à l’abrasion, aux tensions, ainsi qu’à la déformation qui, à la longue, provoque la distorsion ou la rupture. Lorsque l’on met des objets ou des colis en piles dans la réserve, les objets du dessous subissent des charges de compression. Pendant le transport d’objets empilés, les chocs et les vibrations causés par le véhicule en mouvement amplifient ces charges. Les conteneurs de transport peuvent être conçus pour absorber des charges de compression. L’exigence qu’une caisse industrielle puisse résister à une charge en compression de 50 livres/pi² est d’ailleurs habituelle. La pression (ou charge de compression) sur une surface plane est facile à calculer : il s’agit simplement de diviser la force par la superficie sur laquelle elle agit. En augmentant la taille de la surface de contact, on réduit au minimum la charge par unité de surface – un facteur important pour les surfaces fragiles et pour les charges en compression imposées aux conteneurs. Par exemple, l’utilisation de plates‑formes permet de mieux répartir le poids d’un colis en haut d’une pile sur les colis du dessous que la simple présence de pieds à la base du colis, car ces derniers concentrent les charges sur de plus petites parties du conteneur.
Il est question d’abrasion lorsqu’il y a du mouvement entre deux surfaces qui se touchent. Les conséquences de l’abrasion varient en fonction de la durabilité des surfaces, de la pression qui y est appliquée, et de la géométrie de ces surfaces. La présence de matières ou de particules abrasives entre les surfaces peut également provoquer ou accélérer l’abrasion. Les dommages qu’entraîne l’abrasion peuvent survenir après une longue période d’exposition au mouvement, mais si les surfaces sont fragiles, ils peuvent également se produire rapidement.
Une force directement appliquée à un objet peut entraîner la compression, la perforation, des bosselures, des déchirures, des fissures, des ébréchures, des égratignures ou de l’abrasion. La gravité exerce une charge constante sur tous les objets. Des charges considérables peuvent se concentrer sur des parties d’un objet pendant sa manipulation (voir la figure 2). Des supports mal construits peuvent entraîner la distorsion ou la déformation permanente d’objets en raison de la concentration des charges. Une charge de longue durée ou une surcharge de courte durée exercée sur les matériaux de calage peut créer des vides entre les objets et ces matériaux, réduisant leur efficacité. La surcharge imposée aux matériaux de soutien, comme la mousse d’emballage dans une réserve, peut entraîner l’instabilité des objets. On a déjà signalé la chute d’un objet lourd de son support, parce que ce dernier avait été déformé sous une charge excessive. Dans un autre incident, le socle d’exposition d’une imposante sculpture en marbre s’est effondré en peu de temps. Le support adéquat des articles lourds est manifestement une importante question sur le plan de la sécurité du personnel et des visiteurs de musées.
Figure 2. Photo d’une installation : Trois Sorcières par Anish Kapoor (1990). Pour déplacer des objets pesants en toute sécurité et réduire le risque de dommages, on peut faire appel à des monteurs spécialisés et utiliser de l’équipement de déménagement lourd. Au moment de déplacer ou d’exposer de tels objets, s’assurer de vérifier la capacité de charge du plancher.
Par choc mécanique, on entend une réponse énergétique d’un objet, qui se caractérise par des tensions et des déplacements importants. Quatre résultats sont possibles :
À la figure 3, on présente l’éventail complet des perceptions humaines de la vibration et des réactions humaines à celle-ci. On permet ainsi une comparaison aux sources fréquentes de vibration. L’être humain est sensible aux vibrations de très faible amplitude entre 0,1 et 0,5 mm/s. La sensibilité maximale de l’humain aux vibrations se situe entre 5 et 30 Hz, soit la même plage de fréquences que génèrent de nombreuses activités de construction (Dowding 1996). C’est la raison pour laquelle des plaintes s’élèvent et des préoccupations émergent pendant les travaux de construction, même si l’amplitude des vibrations qu’ils génèrent est relativement faible.
Figure 3. Résumé des sources de vibration et de leurs effets sur les personnes, les objets, le matériel et les bâtiments. Les effets tels que les changements environnementaux quotidiens et les forces du vent sont exprimés en amplitude équivalente aux vibrations par explosion. Références : Sagg 1984; Northwood 1973; Harris, 1998; Michalski 1991; Ostrem et Godshall 1979; Ungar 1992; Dowding 1996; données extraites du rapport du consultant sur les vibrations du sol dans la réserve du Musée de la nature.
En raison de leur géométrie, de leur masse et de leur élasticité, la plupart des objets peuvent vibrer à différentes fréquences. On appelle fréquence naturelle la fréquence de vibration la plus basse d’un objet. Les tendances de vibration aux fréquences plus élevées sont appelées fréquences de résonance, terme qui sert souvent à désigner l’ensemble des fréquences. À la figure 4, on présente quelques exemples d’objets sujets aux vibrations.
Figure 4. Voici quelques exemples d’objets susceptibles de vibrer : a) un vase inséré dans un calage de protection a une seule fréquence de résonance f1 le long de son axe vertical; b) un objet avec deux éléments souples a deux fréquences de résonance, f1 et f2; c) une corde tendue possède de nombreuses fréquences de résonance : on présente ici les diagrammes d’ondes stationnaires pour les deux premières, f1 et f2; d) la première fréquence de résonance d’une toile de 40 × 60 cm normalement tendue est d’environ 24 Hz et la suivante de 32 Hz : pour chaque fréquence, on présente le diagramme d’ondes stationnaires.
Si on soumet le colis contenant le vase calé de la figure 5 à des vibrations, il y a trois conséquences possibles :
Transmission (figure 5a) : Si la fréquence de vibration est inférieure à fv (f < fv), la fréquence et l’amplitude de vibration du vase seront les mêmes que celles de la source de vibration.
Résonance (figure 5b) : Si la fréquence de la source de vibration correspond à la fréquence de résonance de l’ensemble vase‑calage, fv, l’amplitude de vibration du vase sera supérieure à celle de la source de vibration, en raison d’une condition appelée résonance. Toute résonance d’un dispositif de calage est normale. Les propriétés d’amortissement de la plupart des matériaux de calage limitent cependant l’amplitude de résonance. En raison de son effet d’amplification de force, la résonance constitue une caractéristique importante des structures et des machines, dont il faut tenir compte.
Atténuation (figure 5c) : Si la fréquence de vibration est supérieure à fv (f > fv), il y a atténuation : le vase apparaît presque immobile alors que le colis, lui, oscille. On parle alors d’isolement des vibrations, où les fréquences supérieures à 2 × fv sont isolées avec une efficacité de 80 % ou plus.
Figure 5. Un vase soutenu par du calage constitue un système mécanique simple ayant une fréquence de résonance (axe vertical) pouvant vibrer. Si on soumet le colis à une source de vibration dans le sens vertical illustré ici, il y a trois conséquences possibles, en fonction de la fréquence naturelle du système et de la fréquence de la source de vibration : a) la transmission; b) la résonance; c) l’atténuation.
Le vase de l’exemple précédent est essentiellement un objet rigide. Par conséquent, tant que sa surface est durable, aucune des conditions de vibration susmentionnées ne constitue un risque.
La fatigue mécanique représente un effet nocif bien connu de la vibration. Pour qu’elle se produise, deux conditions doivent être remplies. Tout d’abord, un seuil critique de tension doit être atteint ou dépassé pendant chaque cycle de vibrations. Les dommages se produisent alors après un intervalle dont la longueur dépend du nombre de cycles de vibrations et de leurs valeurs maximales. L’effondrement du pont du détroit de Tacoma (voir la figure 6) est un exemple frappant de cet effet à très grande échelle. Si l’intensité des tensions est inférieure à un seuil critique, un cycle presque indéfini de vibrations peut alors exister sans causer de dommages. En revanche, un seul cycle de tensions suffisamment intenses peut entraîner une fracture de tension.
Figure 6. La catastrophe du pont du détroit de Tacoma (7 novembre 1940) est un cas classique des effets d’amplification de la force par la résonance. Dans ce cas, c’est le vent qui a provoqué les vibrations de résonance du pont. Après un nombre suffisant de cycles de grande amplitude, il s’est effondré.
La fatigue est un facteur important pour des machines et des ouvrages de génie civil. Elle ne l’est peut-être pas autant pour des objets de musée, en raison de la faible intensité des sources de vibration que l’on y rencontre normalement. Au cours d’études expérimentales avec des peintures sur toile spécialement préparées et autres objets de petite à moyenne taille, les essais visant à provoquer des dommages par vibration ont normalement exigé des niveaux de vibration bien plus élevés que ceux des sources courantes. Analysée par balayage laser à la suite d’une vibration de grande amplitude pendant plusieurs jours, la toile de la figure 7 n’a présenté aucune trace évidente de dommages. Si les résultats de ces études ne se transposent pas à l’ensemble des catégories d’objets, ils permettent néanmoins de formuler les généralisations suivantes :
Figure 7. Pendant deux jours, on a fait subir des vibrations d’une amplitude de 2 cm à une petite huile sur toile vieille de 50 ans, mesurant environ 20 × 40 cm et présentant des pertes et un important réseau de craquelures. Les balayages laser de certaines zones, avant et après la séquence de vibration, n’ont révélé aucune preuve concluante de dommages supplémentaires. Un tel régime de vibrations (résonance soutenue) est bien plus intense que ce que l’on rencontre dans la pratique. Dans ce cas‑ci, il est question de cycles de grande amplitude et, s’il y a un déplacement important du plan de la toile pendant chaque cycle, l’élongation de la peinture et des couches sous‑jacentes est minime.
Dans les écrits sur le sujet, on désigne comme « fissures apparentes » les dommages aux bâtiments qu’entraînent les vibrations dans le domaine de la construction. Il est intéressant de noter que dans la plupart des bâtiments, y compris ceux dans des zones exemptes de vibration, ces dommages constituent un processus continu, et que les fluctuations de température et d’humidité (dont les occupants ne sont pas forcément conscients) en sont d’importantes causes. Au tableau 4, on fait la synthèse des résultats de 16 études sur les dommages entraînés par des travaux de construction, compilés par Dowding (1996).
Si les vibrations du bâtiment sont perceptibles, ou s’il y a des preuves de mouvement d’objets ou de leurs parties, les occupants réagissent. Dans de telles situations, on s’interroge souvent sur les risques éventuels que courent les collections. À la figure 3, on présente des préoccupations à ce sujet, tirées de deux demandes de renseignements provenant de clients. La première porte sur le mouvement visible des toiles dans une réserve, dû aux vibrations de faible intensité du système de chauffage, ventilation et climatisation (CVC). La deuxième porte sur des vibrations perceptibles que provoquent le dynamitage dans une carrière tout près du site et la circulation automobile à proximité. Sur le site d’un autre client, à qui on avait prêté des pièces fragiles en plâtre creux en vue d’une exposition, des travaux de rejointoiement de briques causaient des vibrations clairement perceptibles. Dans les trois cas, les vibrations ne présentaient aucun risque important pour les collections. S’il est souhaitable d’analyser soigneusement toute préoccupation, nous formulons quand même quelques généralités sur les vibrations de faible intensité :
Les activités de recherche et de restauration dans les musées nécessitent l’utilisation d’instruments sensibles aux vibrations, comme des microscopes et des balances de précision (voir la figure 8). Dans les nouvelles constructions, les colonnes de soutènement très éloignées les unes des autres et les poutres sur lesquelles reposent des matériaux de construction légers, entraînent des problèmes de vibration pour ces appareils. Les rallonges de microscopes peuvent amplifier les vibrations de faible intensité du bâtiment dans les instruments‑mêmes. On trouve des critères de vibration pour les instruments sensibles dans diverses normes, dont celles que publie l’Organisation internationale de normalisation (ISO), ainsi que dans d’autres sources (Ungar 1992). À la figure 3, on trace un niveau seuil pour les instruments sensibles, afin de permettre la comparaison avec d’autres données sur la vibration. Soulignons que certains instruments, comme les microscopes électroniques à balayage, seront perturbés par des niveaux de vibration bien inférieurs à ceux que perçoivent les occupants du bâtiment.
Figure 8. Un microscope électronique peut être perturbé à des niveaux de vibration bien inférieurs à ce que perçoivent les personnes. Les musées possèdent souvent d’autres instruments sensibles aux vibrations, notamment des microscopes et des balances de précision.
De temps à autre, on se préoccupe des effets de la musique forte sur les œuvres d’art. Le cas classique de la coupe de cristal fracassée à la suite d’une exposition à un son de forte intensité illustre la vulnérabilité structurale dont dépend ce résultat, ainsi que l’intensité et le contrôle précis de la source sonore, qu’il est difficile de reproduire ailleurs qu’en laboratoire. L’intensité sonore requise pour briser de la verrerie fragile (du cristal fin) serait d’environ 140 décibels (dB) à proximité immédiate du verre. Outre la nécessité de produire un son de forte intensité, pour briser la coupe, il faut également déterminer de façon précise une fréquence de résonance critique du cristal et régler la source de vibration acoustique de forte intensité à 0,5 Hz près de cette fréquence.
Les essais visant à élaborer des méthodes d’analyse non destructives d’échantillons de fresques et d’icônes, afin de détecter la délamination inter‑couches et autres genres de dommages ont nécessité une pression acoustique de 80 à 110 dB à la surface de la fresque (Castellini 1999). L’utilisation de haut‑parleurs s’est avérée inefficace pour provoquer un mouvement suffisant des composantes de la fresque afin d’en permettre l’analyse par les techniques de balayage laser. Il a été nécessaire d’utiliser des pavillons acoustiques, des miroirs paraboliques et des transducteurs fixés directement aux morceaux de fresque pour exercer une pression acoustique suffisante dans les zones étudiées. Soulignons les objectifs que cette méthode d’analyse cherchait à atteindre :
La méthode manuelle imposerait une pression maximale d’environ 30 N/cm2 sur la zone analysée. Des pavillons acoustiques et des haut‑parleurs imposent une pression de 0,00065 N/cm2 et un dispositif de transduction fixé directement sur l’échantillon impose une pression d’environ 0,5 N/cm2. La méthode d’analyse manuelle tient compte de l’objectif d’évaluer de façon non destructive, et applique à l’objet une pression environ 50 000 fois supérieure à celle des sources acoustiques de forte intensité, et 230 000 fois supérieure à la pression exercée sur les échantillons de fresque par de la musique en direct.
Bref, les sources acoustiques, comme la musique jouée en direct, ne semblent pas poser un risque important pour les œuvres d’art. On se préoccupera davantage des risques que provoquent la manipulation et le transport, ainsi que des effets nocifs d’autres agents. Les essais visant à faire éclater de la verrerie très fragile exigent une combinaison simultanée des facteurs suivants : vulnérabilité de l’objet, intensité acoustique et contrôle du son, combinaison qui se produit rarement, en pratique. Compte tenu des détails qui précèdent sur les forces imposées à des structures fragiles de fresques par des sources acoustiques et autres, la manipulation d’objets fragiles serait bien plus préoccupante.
Parmi les divers effets de la vibration, il faut notamment être attentif aux conséquences du mouvement qu’elle provoque. La vibration peut provenir de sources variées : deux des plus importantes sont les tremblements de terre et le transport. Rappelons qu’un choc peut également provoquer du mouvement vibratoire, p. ex. : quand on sonne une cloche. Voici quelques exemples de configurations qui peuvent être vulnérables aux effets du mouvement que provoque la vibration :
Pour les besoins d’évaluation des risques, il peut être commode de regrouper les sources de forces physiques en catégories, selon l’incidence et l’intensité. Nous décrivons ci‑dessous quatre catégories courantes de forces. Pour chaque catégorie, on présente les sources de force par ordre décroissant de gravité.
Peu fréquentes, ces forces peuvent néanmoins entraîner d’importants dommages à de nombreux objets lorsqu’elles se manifestent.
Il s’agit de forces rencontrées dans les activités quotidiennes, ayant une ampleur et une intensité allant de modérée à élevée. En règle générale, il est facile de prévoir leur ampleur. Elles peuvent toucher un ou plusieurs objets, voire même plusieurs à la fois.
Forces de faible intensité, d'incidence élevée (d'après le taux d'utilisation des collections) ou continues (p. ex., gravité) qui infligent des dommages continus à un ou plusieurs articles d'une collection.
Dans la prochaine partie, nous présentons en détail quelques‑unes des plus importantes sources de force que nous venons de décrire, et ce, par ordre décroissant de gravité.
Ces forces peuvent préoccuper et ennuyer les occupants du bâtiment, mais leur action directe ne présente pas nécessairement un risque sérieux pour les objets.
Nos présentons ci-dessous, plus en détail, quelques-unes des plus importantes sources de force parmi celles que nous venons de mentionner, dans un ordre décroissant de gravité.
On mesure l’ampleur d’un séisme sur l’échelle de Richter. Pour associer l’intensité des tremblements de terre aux effets apparents de mouvements du sol (voir le tableau 1), on utilise l’échelle de Mercalli modifiée. Si les niveaux d’accélération sont peu élevés, les tremblements de terre peuvent néanmoins provoquer d’importants mouvements du sol. Par conséquent, sur le plan des éventuels dommages, les niveaux d’accélération d’un tremblement de terre ne sont pas directement comparables aux niveaux d’accélération que produisent d’autres sources.
Tableau 1. Description des effets de tremblements de terre et relations approximatives entre l’intensité et l’ampleur (Seismic Upgrading Study of the Main Public Library Building San Francisco California for the Asian Art Museum at the Civic Centre, Volume 1 Study Report, September 1992, Rutherford & Chekene Consulting Engineers).
| Échelle d’intensité Mercalli modifiée | Description des effets | Accélération maximale (g) | Amplitude Richter |
|---|---|---|---|
| I | Non ressenti ou seulement par des personnes dans des circonstances très favorables. | - | M2 à M2,5 |
| II | Ressenti par des personnes au repos, situées aux étages supérieurs, ou dans des endroits sensibles. | - | M2,5 à M3,1 |
| III | Ressenti à l’intérieur; légères oscillations d’objets suspendus; vibrations analogues à celles que produisent des camions légers; peut passer pour autre chose qu'un séisme. | 0,003 à 0,007 | M3,1 à M3,7 |
| IV | Oscillations d’objets suspendus; vibrations semblables à celles d’un camion lourd; sensation analogue à un corps lourd heurtant un mur; balancement de voitures stationnées; vibrations des fenêtres, des portes, de la vaisselle et de la verrerie; entrechocs de vaisselle dans la plage supérieure de la catégorie IV; craquement des murs de bois et des charpentes. | 0,007 à 0,015 | M3,7 à M4,3 |
| V | Ressenti à l’intérieur; direction déterminable; réveil de personnes endormies; liquides deviennent troubles ou se renversent; déplacement ou renversement d’objets instables de petite taille; oscillation, ouverture et fermeture de portes; mouvement de volets et de cadres accrochés aux murs; arrêt, changement de rythme ou sonnerie de pendules. | 0,015 à 0,03 | M4,3 à M4,9 |
| VI | Ressenti par tous; plusieurs s’effrayent et courent dehors; déplacements chancelants; bris de vaisselle, de verrerie et de vitres; chutes de bibelots et de livres des étagères et de cadres; déplacement ou renversement de meubles; fissures du plâtre et de la maçonnerie D (voir les remarques ci‑dessous); sonnerie de petites cloches (école, église); oscillation d’arbres et de buissons. | 0,03 à 0,09 | M4,9 à M5,5 |
| VII | Difficile de se tenir debout; ressenti par les conducteurs d’autos; vacillement d’objets suspendus; bris de meubles; dommages à la maçonnerie D, y compris des fissures; cassures de cheminées faibles à la ligne de toiture; chutes de plâtre, de briques lâches, de pierres, de tuiles et de corniches; fissures dans la maçonnerie C; apparition de vagues à la surface d’étangs et de lacs, eaux troubles chargées de boue; petits glissements de terrain et effondrements sur les pentes de sable ou de gravier; sonneries des grosses cloches d’église. | 0,07 à 0,22 | M5,5 à M6,1 |
| VIII | Direction des autos difficile; dommages à la maçonnerie C et effondrements partiels; quelques dommages à la maçonnerie B, aucun dommage à la maçonnerie A; effondrements de murs en stuc et en pierre; torsion et chutes de cheminées, de cheminées d’usine, de monuments, de murs et de réservoirs surélevés; déplacement des charpentes de maison sur leurs fondations si elles n’y sont pas ancrées; défoncement de panneaux muraux mal ancrés; changements dans le débit ou la température de sources et de puits; apparition de fissures dans le sol et sur les pentes prononcées. | 0,15 à 0,3 | M6,1 à M6,7 |
| IX | Panique générale; destruction de la maçonnerie D; dommages considérables à la maçonnerie C, effondrements parfois complets; de lourds dommages à la maçonnerie B; dégâts considérables dans les fondations; les charpentes quittent leurs fondations si elles n’y sont pas ancrées; fissures des charpentes; rupture des réservoirs et des canalisations souterraines; grosses fissures dans le sol; éjection de sable et de boue dans les zones affaiblies; fontaines sismiques et cratères de sable. | 0,3 à 0,7 | M6,7 à M7,3 |
| X | Destruction de la plupart des structures de maçonnerie et des charpentes; dommages graves aux barrages, aux remblais et aux ponts; importants glissements de terrain; eau des canaux, des rivières et des lacs projetée sur le rivage; déplacement horizontal du sable et de la boue sur les plages et les terrains plats; faible torsion des rails de chemin de fer. | 0,45 à 1,5 | M7,3 à M7,9 |
| XI | Torsion importante des rails de chemin de fer; canalisations souterraines totalement inutilisables | 0,5 à 3 | M7,9 à M8,5 |
| XII | Destruction quasi-totale; déplacement de grosses masses rocheuses; topographie bouleversée; projection d’objets dans les airs. | 0,5 à 7 | M8,5 à M9 |
Remarques :
| |||
Les musées et les réserves se trouvent souvent dans des bâtiments conçus à l’origine pour d’autres fins. On doit garder en tête deux points importants concernant la structure : la construction du toit et la capacité de charge des planchers. Les toits plats sans système adéquat d’écoulement d’eau peuvent fléchir, donnant lieu à une accumulation de quantités croissantes d’eau, ce qui peut charger le toit au-delà des limites prévues dans sa conception. Un toit plat qui jouxte un toit en pente peut en recevoir la neige et devenir ainsi également vulnérable aux surcharges. Pour certaines applications de musée, les planchers doivent être suffisamment robustes pour supporter les charges qu’imposent des objets lourds, ou de grandes collections. Rappelons également que l’utilisation d’équipement de levage pour soulever des objets lourds, notamment des portiques, concentrera les charges sur des zones relativement restreintes du plancher. Dans certains cas, il sera possible de soutenir le plancher par en dessous, afin de permettre le levage d’un objet lourd et son déplacement sans danger le long d’un trajet établi auparavant. Dans le doute, s’adresser à un ingénieur de structures. Il s’agit également d’une bonne précaution à prendre, même si on dispose des dessins ou d’autres plans du bâtiment, car ces documents ne représentent pas toujours la structure de façon précise, ou « telle que construite ».
La taille et le poids de tout objet déterminent la façon dont il sera manipulé. On peut ainsi utiliser des méthodes de manipulation appropriées pour prévoir les niveaux de risque pendant le transport. L’industrie de l’emballage a établi des hauteurs probables de chute pour différents poids et tailles de colis. Au tableau 2, on présente des valeurs typiques. La hauteur probable de chute représente une valeur raisonnable dans un scénario catastrophe. Il s’agit d’une valeur peu fréquente, qui ne sera probablement pas dépassée. La plupart des chutes pendant l’expédition se produisent de hauteurs bien inférieures. Les approximations des hauteurs probables de chute proviennent d’observations de longue date et de l’expérience de l’industrie. D’autres approximations proviennent d’études réalisées avec des colis contenant des enregistreurs électroniques (voir Allen 1971).
Tableau 2. Risques associés à la manipulation, exprimés en hauteur de chute probable pour différents poids et tailles de colis. Si les hauteurs de chute varient en fonction du réseau de distribution utilisé, elles donnent néanmoins une approximation raisonnable du risque, qui n’est que rarement atteint ou dépassé (Brandenburg 1991).
| Poids du colis (kg) | Dimension maximale (cm) | Hauteur probable de chute (cm) | Forme de chute | Type de manipulation |
|---|---|---|---|---|
| 10 | 120 | 100 | Tout côté ou tout coin | Lancement par un homme |
| 10 à 20 | 90 | 90 | Tout côté ou tout coin | Lancement par un homme |
| 20 à 45 | 120 | 60 | Tout côté ou tout coin | Lancement par un homme |
| 45 à 70 | 150 | 50 | Tout côté ou tout coin | Lancement par un homme |
| 70 à 90 | 150 | 45 | Tout côté ou tout coin | Lancement par un homme |
| 90 à 270 | 180 | 60 | En rotation latérale ou sur la pointe | Mécanique |
| 270 à 1360 | Illimitée | 45 | En rotation latérale ou sur la pointe | Mécanique |
| 1 360 et plus | Illimitée | 30 | En rotation latérale ou sur la pointe | Mécanique |
La manipulation de routine et les chutes accidentelles peuvent facilement générer des impacts et des chocs dommageables. Au tableau 3, on présente les accélérations auxquelles on peut s’attendre à différentes hauteurs de chute pour différents colis. De nombreux articles jugés très fragiles, comme des argiles non cuites, peuvent supporter des chocs jusqu’à 50 g. Certains objets que l’on pense très fragiles peuvent supporter des chocs encore plus intenses.
Tableau 3. Intensités approximatives de chocs pour des chutes sur une surface dure de différentes hauteurs. Le tableau indique clairement les risques, pour les objets fragiles, associés à des hauteurs de chute typiques, ainsi que les avantages manifestes de certains emballages simples.
| Hauteur de chute (cm) | Contenant métallique sans calage (g) | Caisse en bois (g) | Carton (g) | Calage de 25 mm (g) |
Calage de 50 mm (g) |
|---|---|---|---|---|---|
| 120 | 392 | 196 | 131 | 98 | 52 |
| 110 | 367 | 183 | 122 | 92 | 49 |
| 90 | 339 | 170 | 113 | 85 | 45 |
| 60 | 277 | 139 | 92 | 69 | 37 |
| 15 | 139 | 69 | 46 | 35 | 18 |
| 5 | 80 | 40 | 27 | 20 | 11 |
Si les colis sont correctement fixés au véhicule de transport, les chocs qu’engendre le mouvement du véhicule sont à peu près équivalents à une chute de 15 cm. Si les colis ne sont pas fixés au véhicule, ils peuvent rebondir constamment pendant le trajet et ainsi subir des impacts intenses (voir la vignette 3). Les colis non attachés peuvent également subir des impacts importants, simplement en tombant du haut des piles à cause du mouvement de la cargaison pendant le transport. Si les colis sont bien fixés, le niveau de choc le plus intense auquel on peut s’attendre dans des véhicules de transport se produit quand les wagons sont attelés, et en raison du jeu dans ces attelages.
Les chercheurs militaires et industriels ont étudié en détail la vibration de véhicules, parce que toute cargaison dans un véhicule de transport sera soumise à de la vibration (la probabilité d’exposition à de la vibration est de 100 %) et, contrairement aux risques associés à la manipulation, on ne peut pas observer la vibration des véhicules de façon visuelle. À la figure 9, nous présentons un résumé de la vibration des principaux modes de transport, tiré d’Ostrem et Godshall. Ces informations ont été obtenues à la suite d’essais réalisés en laboratoire sur des objets et des emballages, mais le document cité en référence contient des informations d’intérêt pratique pour le lecteur.
L’intensité de la vibration dans la plupart des véhicules de transport bien entretenus est faible et on la considère normalement comme étant inférieure au seuil de dommage de la plupart des produits commerciaux en l’absence d’effets de résonance. Parmi les modes de transport habituels, les camions produisent la plus grande intensité de vibration et, par conséquent, présentent le plus grand risque de dommages éventuels. Les niveaux de vibration dans les camions à suspension pneumatique seront plus faibles que dans les camions à suspension classique. Comme les camions font partie intégrante de presque tous les scénarios de transport, on a utilisé des données sur leurs régimes de vibration dans des expériences avec des modèles ou des objets d’art, comme des peintures sur toile. Dans l’ensemble, les effets secondaires de la vibration semblent être un des problèmes les plus importants pendant le transport. (Voir la rubrique « Stratégies de réduction des risques » pour des conseils sur la façon de réduire la vibration de façon efficace.)
Figure 9. Courbes représentatives de vibration pour les modes de transport habituels (Ostrem et Godshall 1979). Rappelons que ce résumé représente une enveloppe des amplitudes de vibration maximale à diverses fréquences. Rappelons également qu’en raison de la nature aléatoire de vibration des véhicules, seule une partie de la vibration comprise dans cette enveloppe sera présente à un moment ou un autre.
La force qu’exerce la gravité sur des objets est directement proportionnelle à leur masse. On nomme cette force le poids (poids = masse × accélération). En raison de la géométrie, les charges gravitationnelles sur des objets ou des supports peuvent être inégales.
Un support inadéquat peut entraîner la déformation d’objets ou de leurs parties, et les soumettre à des contraintes, en très peu de temps, ou sur de longues périodes. Le levage de gros objets concentrera les charges gravitationnelles sur les points de levage. (Voir la section intitulée « Support et montage »).
Des études ont été réalisées pour quantifier les niveaux de vibration qui endommagent les bâtiments. Selon les écrits sur la vibration liée aux travaux de construction, de tels travaux ne produisent, en général, pas suffisamment d’énergie pour causer des dommages structuraux aux bâtiments et, par conséquent, presque toutes les études sur les dommages mettent l’accent sur les opérations de dynamitage.
Au tableau 4, on présente des données sur les niveaux de vibration qui entraînent trois catégories de dommages aux bâtiments. Les données proviennent d’enquêtes sur d’anciennes et de nouvelles structures (touchant également la variabilité sur le plan de la condition des structures, des détails sur les sites et des contraintes préexistantes). La même source fournit des données sur les niveaux de contraintes (exprimés en vitesses de particules équivalentes) qu’entraînent les activités des occupants des bâtiments, les changements environnementaux et le dynamitage. Les résultats sont intéressants : certains des niveaux les plus élevés de contraintes découlent des activités d’occupants des bâtiments et de la variation quotidienne de température et d’humidité. Voici quelques renseignements additionnels sur les fissures dans les bâtiments que produisent les travaux de dynamitage (Dowding 1996) :
Tableau 4. Trois niveaux de réactions observées de structures à la vibration que provoque le dynamitage (Northwood et Edwards [1960]), et manifestation des effets selon 16 études sur les dommages, compilés et décrits par Dowding (1996). En raison de sa corrélation avec la présence de fissures apparentes, on se sert souvent de la vitesse de particules pour décrire les travaux de construction ou le dynamitage. Les valeurs de la vitesse de particules représentent des niveaux auxquels on observe des effets au cours de véritables études et ne doivent pas être interprétées comme des limites.
| Effet | Vitesse des particules (mm/s) | Description de l'effet |
|---|---|---|
| Seuil | 76 | Ouverture d’anciennes fissures et formation de nouvelles fissures dans le plâtre; effritement d’objets lâches (p. ex. : briques lâches de cheminées) |
| Mineur | 114 | Effet superficiel, sans incidence sur la résistance des structures (p. ex. : bris de fenêtre, effritement ou chute de morceaux de plâtre), fines fissures dans la maçonnerie |
| Majeur | 203 | Grave affaiblissement de la structure (p. ex. : grandes fissures ou déplacement de fondations ou de murs porteurs, affaissement qui entraîne l’affaiblissement ou la déformation de la superstructure) |
Si on s’inquiète des effets des travaux de construction, on peut procéder, avant les travaux, à un examen des fissures afin d’établir un lien clair entre tout dommage observé et les forces que génèrent les travaux de construction. Lorsque les fissures se développent naturellement en l’absence de vibrations, leur vitesse de propagation peut fournir de précieux renseignements. Il existe des informations détaillées sur les méthodes d’observation et de documentation des fissures (Dowding 1996).
Pour évaluer les risques, il est essentiel d’avoir des informations sur la fragilité des objets. Il est alors possible de limiter la force des risques à un niveau raisonnable en deçà des niveaux susceptibles de provoquer des dommages. Il y a peu d’intérêt à tenter d’éliminer entièrement les forces liées à l’expédition : il est d’ailleurs rarement possible d’agir ainsi à cause du coût probable d’une telle démarche. En raison de la grande diversité des œuvres d’art sur le plan de leurs matériaux, de leur construction et de leur état, il est plus difficile d’en déterminer la fragilité avec précision qu’il ne l’est pour des produits commerciaux. Des études sur la sensibilité des peintures sur toile, du plâtre, de certains objets en verre et des poteries en argile aux chocs et aux vibrations existent déjà, et un fonds de connaissances utiles sur le sujet se constitue progressivement. Malgré l’absence de données précises sur la fragilité de nombreux types d’objets, il est néanmoins possible d’estimer de façon raisonnable leur fragilité et d’atténuer les dangers d’une manière satisfaisante pour le mode de transport choisi.
Les données sur la fragilité des produits commerciaux sont utiles pour estimer la fragilité de certains objets de musée. Au tableau 5, on présente six catégories de fragilité pour des produits commerciaux, auxquels sont juxtaposés des objets de musée. Les données sur les objets de musée proviennent d’études expérimentales et d’approximations basées sur des expériences. Selon les observations, on peut transporter de nombreux objets de musée de façon sécuritaire dans des emballages conçus pour limiter les chocs liés aux chutes de scénarios catastrophes à environ 50 g ou moins.
Tableau 5. Catégories et cotes de fragilité aux chocs de produits commerciaux et de certains objets de musée. Les cotes de fragilité représentent les accélérations maximales que l’on ne doit pas dépasser, ou bien la limite d’accélération que peuvent supporter les objets sans subir de dommages.
| Description de la catégorie | Exemples de produit commercial | Exemples d'objets de musée | Plage de fragilité g |
|---|---|---|---|
| Extrêmement fragiles | Systèmes de guidage de missiles, instruments d’essai à réglage précis | Sculpture en plâtre; 120 kg, modèle d’essai en plâtre creux endommagé à 20 g. La fragilité de sculptures dans d’autres scénarios peut être plus élevée | 15 à 25 |
| Très délicats | Équipement électronique et instruments montés sur une suspension | Argile non cuite (pièces crues) et verrerie fragile | 25 à 40 |
| Délicats | Accessoires d’aéronefs, machines à écrire électriques, caisses enregistreuses et équipement du bureau électrique | Argile non cuite, argile cuite à feu doux, plâtre, stuc, verrerie, céramique | 40 à 60 |
| Moyennement délicats | Récepteurs de télévision, accessoires d’aéronefs | La peinture très fragile, endommagée et écaillée sur une toile de 60 × 60 cm est délogée par un impact sur un coin ou un côté | 60 à 85 |
| Moyennement robustes | Équipement de buanderie, réfrigérateurs, électroménagers | Peinture sur toile de 60 × 80 cm sans fissures et cassante avec gesso cassant (faible contenu en colle) qui se fissure après une chute sur un coin | 85 à 115 |
| Robustes | Machinerie | Peinture sur toile de 60 × 80 cm (renversée, chute sur le côté avec carton protecteur au dos). De petites écailles de peinture adhérant partiellement à la toile ne se décollent pas; choc toléré par des collections d’insectes épinglés en petites boîtes | 115 et + |
Les paramètres suivants influent sur la sensibilité de tout objet aux forces. La connaissance de ces paramètres permet de mieux prévoir la sensibilité d’articles particulièrement fragiles ou de ceux pour lesquels il n’y a pas de données sur la fragilité.
Pour une accélération donnée, la force qui agit sur une masse augmente avec celle‑ci (il s’agit de la deuxième loi de Newton : F = ma, où : F : force, m : masse de l’objet, a : accélération). On comprend donc pourquoi les petites écailles légères de peinture ne se détachent pas d’une toile à la suite de vibrations ou de chocs d’intensité faible ou moyenne. Il faut, en effet, une accélération considérable pour vaincre la force d’adhérence, même faible, qui maintient en place une particule légère.
C’est la faiblesse des matériaux qui rend un objet très sensible à la manipulation directe. Rappelons que la faiblesse des matériaux ne se traduit pas toujours par une grande sensibilité aux chocs ou aux vibrations. Il est presque impossible de toucher à certains objets, comme des pastels, sans les endommager. En revanche, les particules de très faible masse de certaines œuvres anciennes (par opposition à certaines œuvres récentes) peuvent être difficiles à déloger sous l’effet d’un choc. La sensibilité aux chocs d’un objet fait d’un matériau fragile augmentera cependant au même rythme que sa masse. Citons en exemple l’argile non cuite (pièces crues), qui est très sensible à la fois aux forces de manipulation et aux chocs.
Plus la géométrie d’un objet est complexe, plus sa sensibilité aux forces augmente. Les éléments en saillie créent des sites où les forces (et les tensions) peuvent s’amplifier dans les matériaux qui composent l’objet.
La souplesse d’objets peut être considérée comme une faiblesse structurale. En effet, tout objet souple a tendance à vibrer, ce qui le rend sensible aux effets d’amplification des forces par la résonance, ou aux dommages quand les parties en mouvement se heurtent. Pour éviter tout dommage aux objets fragiles pendant leur transport, il est donc important de réduire les tendances aux vibrations au moyen d’une restriction délicate, mais ferme. De bonnes pratiques de fabrication de supports réduiront également les tendances aux vibrations (voir la figure 10).
Figure 10. Grâce à du matériel et à des techniques très efficaces de support, on a pu expédier en toute sécurité l’exposition Mammifères de l’Ère de glace du Musée canadien de la nature d’Ottawa à Montréal sans avoir à démonter, à manipuler ou à assembler les différents artefacts. Les supports maintiennent fermement en place les artefacts et les vitrines sont solidement fixées aux socles. Les socles monoblocs complets comme ceux‑ci ont été déplacés par le personnel du musée et les manutentionnaires spécialisés, puis recouverts de bâches protectrices propres à l’intérieur des remorques à suspension pneumatique. Les socles spéciaux ont été placés sur des patins de protection. Tous les socles ont été solidement amarrés à la remorque. (Conception et fabrication des supports par Ron Séguin – Creative Nature Studio.)
Les cotes de fragilité aux vibrations des produits commerciaux indiquent les seuils de dommages du point de vue de la fréquence et de l’amplitude. Une autre méthode d’évaluation de la sensibilité aux vibrations, que l’on utilise dans l’industrie de l’emballage, consiste à déterminer les premières fréquences de résonance d’un objet dans la gamme de fréquences du transport allant de 1 à 200 Hz. Les tendances de vibration dans cette gamme peuvent être préoccupantes en raison d’effets possibles de résonance qui peuvent amplifier les faibles niveaux de vibration pendant le transport à des niveaux dommageables. Les premières fréquences de résonance de l’objet sont généralement celles auxquelles on prête le plus d’attention, car ce sont les basses fréquences qui causent les contraintes et les déplacements les plus importants.
Les exemples suivants montrent la sensibilité de différents types d’objets aux forces. En raison de la grande diversité des matériaux, de la composition et de la configuration d’objets, il s’agit d’exemples de nature plutôt générale.
Les objets faits de matériaux légers et faibles, peu importe leur masse, sont sensibles aux forces de la pesanteur (charges ponctuelles, support inadéquat) et à la manipulation directe :
Matériaux et ensembles robustes, de faible masse :
En présence de matériaux faibles, ou si des matériaux moyennement robustes font l’objet de contraintes liées à la masse, à la complexité géométrique, ou aux deux à la fois :
Une conjugaison de leur masse et de leur complexité géométrique rend les objets suivants fragiles :
Ce résultat est attribuable à la masse, à la géométrie et aux matériaux : la masse augmente les effets des forces sur les objets de forme compacte faits de matériaux de résistance allant de moyenne à élevée. La géométrie et l’aspect cassant des matériaux accroissent davantage accroissent la sensibilité des objets aux forces directes, aux chocs et à la vibration :
Pour être efficace, une stratégie de préservation doit s’appuyer sur des mesures visant à contrecarrer l’action des forces potentiellement dangereuses. Nous résumons ci‑dessous les stratégies générales de niveau élémentaire, moyen et élevé. Elles incorporent également les points à considérer en priorité pour réduire les forces, que nous présentons également ci‑dessous par ordre décroissant d’importance :
On peut réduire l’intensité des forces dommageables par diverses méthodes appliquées à trois degrés : le bâtiment, le matériel et les procédures. Les mesures touchant le bâtiment sont les plus coûteuses. C’est là que les grandes institutions intégreront de nombreuses mesures. On peut néanmoins assurer une réduction des forces efficace et à moindre coût sur le plan du matériel et des procédures. Peu importe le niveau de mise en œuvre, une séquence d’étapes de réduction (Éviter, Empêcher, Détecter, Intervenir) afin de contrer l’agent « forces physiques ». Chaque étape de la séquence entre en jeu lorsque l’étape précédente est impraticable, impossible ou connaît un échec. On crée ainsi une véritable ligne de défense contre les forces physiques et autres agents de détérioration. Nous présentons ci‑dessous un résumé général des mesures, pour les différents degrés de mise en œuvre. Au tableau 6, on indique les mesures progressives pour les quatre étapes.
BÂTIMENTS
MATÉRIEL
PROCÉDURES
BÂTIMENTS
MATÉRIEL
PROCÉDURES
Il s’agit de mettre en œuvre les stratégies décrites ci‑dessus et, en plus, toute stratégie propre aux besoins d’une exposition particulière, que l’on détermine à la suite d’un examen exhaustif de la collection. Classer les procédures et le matériel requis pour le bâtiment en ordre de priorité, en tenant compte des caractéristiques de la collection.
Il existe de nombreuses façons de mettre en œuvre une stratégie de contrôle efficace contre les forces. Au tableau 6, on présente un extrait du Plan de préservation des collections de musées, qui indique neuf agents de détérioration additionnels, ainsi que les mesures permettant de contrer chacun d’eux. Un grand nombre de ces mesures se trouvent à l’étape de contrôle intitulée « Empêcher ».
Table 6. Plan de mesures pour contrer les forces. La mise en œuvre de la plupart des mesures se fait à l’étape « Empêcher ».
| Matériel | Bâtiments | Transport | Procédures |
|---|---|---|---|
| ÉVITER ‑ Éviter les rayonnages et les armoires instables |
ÉVITER |
ÉVITER - Éviter les poignées mal placées ‑ Transporter les objets dans des camions à suspension pneumatique bien entretenus ‑ Utiliser des monte‑charges et des diables pour déplacer les objets en toute sécurité‑ Planifier le déplacement des objets |
ÉVITER - Éviter les manutentionnaires sans expérience des biens culturels, les transporteurs publics, l’équipement mal entretenu ‑ Envisager des emballages modulaires ou des mécanismes de levage pour les objets de grande taille et les articles souvent déplacés ou en exposition itinérante‑ Maintenir un espace suffisant entre les collections |
| EMPÊCHER - Pour amortir les forces physiques directes, utiliser des armatures de soutien et des supports fabriqués à partir de matériaux inertes ‑ Réduire l’effet des forces au moyen d’un emballage primaire ‑ Assurer un espace suffisant sur les rayonnages ‑ Séparer les objets les uns des autres et les protéger du public ‑ Pour les objets exposés, utiliser des armatures de soutien et des supports discrets et fabriqués de matériaux inertes‑ Immobiliser et bien arrimer les objets, surtout dans les zones à risque sismique élevé |
EMPÊCHER |
EMPÊCHER ‑ Séparer les objets les uns des autres ‑ Réduire l’effet des forces en utilisant un emballage primaire ‑ Réduire l’effet des forces en utilisant des caisses d’emballage et des matériaux de calage ‑ Bien arrimer, fixer ou démonter les composants sujets aux vibrations ‑ Protéger les surfaces fragiles des mouvements possibles du contenu des colis |
EMPÊCHER - Enseigner au personnel comment fabriquer de bons supports ‑ Enseigner au personnel comment emballer les objets ‑ Former le personnel aux techniques de manutention des objets ‑ Former le personnel aux techniques d’arrimage pour les charges jusqu’à 2 000 kg ‑ Engager des arrimeurs professionnels s’il est nécessaire de réorienter des charges lourdes pour le transport‑ Engager des arrimeurs professionnels pour les charges supérieures à 2 000 kg |
| DÉTECTER - s.o. |
DÉTECTER - Assurer un espace suffisant pour l’inspection des objets |
DÉTECTER - Détecter les forces au moyen d’indicateurs de basculement, de détecteurs de chocs, et d’enregistreurs de données‑ Utiliser les articles susmentionnés afin de vérifier le rendement des emballages |
DÉTECTER - Noter les nouveaux dommages ‑ Bien photographier |
| INTERVENIR ‑ Isolateurs pour les objets |
INTERVENIR ‑ Isolation sismique des bâtiments |
INTERVENIR ‑ Modifier la conception d’emballages au rendement inacceptable |
INTERVENIR ‑ Obtenir les services d’un expert‑conseil en emballage |
Après les forces sismiques et celles qui touchent les structures, ce sont les forces que créent la manutention interne et l’expédition qui endommagent le plus souvent les objets de musée. La formation du personnel, la planification et de bonnes installations matérielles contribuent toutes à réduire les risques de dommages par ces sources. Nous présentons ci‑dessous un aperçu général des points importants pour la manutention et l’expédition.
Le fait de négliger les principes de base peut entraîner de graves dommages aux objets emballés. De simples considérations – la durabilité des conteneurs, comment les objets emballés peuvent bouger et interagir entre eux, l’arrimage solide des colis au véhicule de transport – peuvent faire une grande différence.
Toute marchandise empilée dans un véhicule sans être arrimée peut tomber, et effectuer des chutes de hauteurs bien plus élevées que prévu. Dans un exemple de dommages graves, une cargaison non arrimée a simplement glissé hors d’un camion (voir la vignette 2).
La cargaison non arrimée peut également rebondir, se déplacer et se heurter à répétition, donnant lieu à des forces d’impact élevées (voir la vignette 3). Le déplacement du contenu des colis non arrimés peut également provoquer des dommages (autre facteur à l’origine des dommages décrits dans la vignette 3).
Il est impossible d’éviter les forces touchant les colis que provoque le transport, mais le choix d’un bon transporteur peut faire une grande différence. Dans une étude faisant la comparaison entre le transport par un manutentionnaire spécialisé et par des transporteurs ordinaires, la cargaison du premier transporteur n’a subi aucun choc, malgré un seuil très faible d’activation de l’enregistreur, soit 5 g. Pour le transport de nombreux objets, le recours à des services de transport et de manutention de qualité peut faire économiser de l’argent, en réduisant les besoins d’emballage et de mise en caisse (voir la figure 10). Une bonne conception des caisses permet également de réduire les risques liés à la manutention. Des caisses bien conçues comportent des poignées à une bonne hauteur afin de diminuer la hauteur de chute accidentelle des colis, ainsi qu’un dégagement sous les caisses pour permettre l’utilisation de chariots à palettes. On réduit ainsi les contraintes inutiles et la déformation possible des gros conteneurs, ainsi que les contraintes touchant leur contenu. Les emballages légers que l’on transporte à l’intérieur d’un établissement peuvent aussi protéger des objets jusqu’à leur lieu d’exposition.
Chaque réseau de distribution comporte son propre profil de risque. Il est raisonnable de s’attendre à des impacts moins nombreux et moins intenses si on fait appel à un manutentionnaire spécialisé. Des études réalisées avec des colis renfermant des enregistreurs de données ont bien démontré la différence. Pour les transporteurs généraux, il faudra normalement des emballages plus durables et un meilleur calage que si l’on a recours à des manutentionnaires. Il existe des données compilées de sources commerciales sur les hauteurs probables de chute pour des colis de taille et de poids différents (voir le tableau 2). Les valeurs du tableau indiquent les hauteurs maximales probables de chute. Rappelons cependant qu’il s’agit d’événements peu fréquents. Selon l’Institute of Packaging Professionals (IoPP), moins de 5 % des chutes dépassent ces valeurs.
Tout produit commercial qui ne répond pas aux exigences élémentaires de durabilité voit sa conception modifiée afin de réduire les coûts d’emballage. En déterminant et en éliminant les faiblesses potentielles d’un objet, on peut le protéger en dehors de la caisse d’expédition. On peut, par exemple, démonter les pièces fragiles sujettes aux vibrations, ou encore les fixer solidement. La deuxième solution constitue la pratique habituelle dans le domaine de l’expédition commerciale. Le traitement des œuvres d’art pour accroître leur durabilité et l’ajout d’accessoires comme des supports de protection qui « renforcent » la structure des peintures sur toile (voir les figures 11 et 12) diminuent les exigences en matière d’emballage. Pour les tableaux de grande taille, le traitement du revêtement sur les montants constitue une solution de rechange légère (voir la figure 12).
Figure 11. Simple dos protecteur en plastique cannelé sur une toile d’essai. Le traitement renforce les montants souples et réduit la sensibilité du tableau aux chocs (voir le tableau 7).
Figure 12. L’application d’un revêtement de tissu à voile en polyester sur les montants d’une toile d’essai de grande taille (voir Booth, 1989) peut réduire sa sensibilité aux vibrations, sans pour autant alourdir la toile. Il s’agit d’un traitement très efficace (voir le tableau 8).
Table 7. Grâce au dos protecteur en plastique cannelé illustré à la figure 11, la durabilité de la toile contre certains risques de choc est presque doublée. On présente ci-dessous les niveaux de choc qui entraînent des dommages.
| Dos protecteur | Chute sur un coin (g) | Basculement (g) | Chute sur un côté (g) | Chute à plat chute (g) |
|---|---|---|---|---|
| Non | 65 | 80 | 100 | 100 |
| Oui | 190 | Renversement à 90° sans dommages >100 (approximation) |
100 (estimation) | 200 |
Table 8. Comparaison de plusieurs traitements visant à réduire la sensibilité aux vibrations d’une toile d’essai mesurant 120 × 150 cm.
| Condition | Fréquence de résonance (Hz) | Déplacement (centre de la toile pour une amplitude de vibration constante) (mm) |
|---|---|---|
| Peinture | 5 | 100 |
| Dos protecteur en masonite | 16 | 18 |
| Plastique cannelé plastique (avec attache au centre) | 18 | 15 |
| Revêtement en tissu (illustré ci‑dessus) | 20 | 13 |
| Structure alvéolaire en aluminium | 24 | 8 |
Les objets fragiles bénéficient de supports qui facilitent leur manutention et leur transport (voir la figure 13). Des enceintes et des supports légers assureront une protection directe contre les forces qu’entraîne la manutention et contre l’application directe de forces qui peuvent causer des égratignures, des bosselures, des perforations et de l’abrasion. La fabrication de supports adaptés peut prendre du temps, mais les supports offriront une protection à long terme si on les fabrique avec des matériaux de qualité archivistique. Dans certaines situations, en manutentionnant les objets avec soin, on peut utiliser l’emballage primaire tout seul pour le transport local, ou encore, on peut regrouper les objets avec un emballage et un calage adéquats dans de grands conteneurs pour les déplacements plus éloignés ou les expositions itinérantes. Enfin, un système d’emballage primaire permet de réduire, voire supprimer le mouvement des surfaces des objets fragiles (p. ex. : un socle ferme reposant sur du calage souple réduira les mouvements le long de l’interface entre l’objet et le socle).
Figure 13. Emballage primaire pour une collection de 50 sculptures en porcelaine fragile représentant des plantes menacées. Les supports permettent à la fois la mise en réserve de longue durée et le transport rapide et sécuritaire à des destinations rapprochées. Ces unités d’emballage élémentaires peuvent être regroupées, calées et mises en caisse pour des envois à des lieux éloignés ou en vue d’expositions itinérantes. Illustrations de Julie Aubin.
Quand un objet calé fait une chute le sol, il s’enfonce progressivement dans le calage au moment de l’impact. L’objet décélère peu à peu, limitant ainsi les forces qui s’exercent sur celui-ci à des niveaux qu’il peut absorber sans subir de dommages. Pour assurer un tel scénario, il faut choisir un matériau adapté, permettant à l’objet de s’y enfoncer sans le percer et heurter l’intérieur de la caisse. À peu près tout calage de 50 mm d’épaisseur appliqué autour d’un objet (pesant 75 kg ou moins) assurera une très bonne protection en vue de son expédition. Le film à bulles d’air est le matériau le plus facile à utiliser pour des objets légers de petite taille. Les mousses, telles que le polyuréthane et le polyéthylène, ont également d’excellentes propriétés de calage. On peut aussi utiliser des matériaux granulaires pour le calage, mais il faut se rappeler que les objets ainsi calés peuvent se déplacer vers les parois intérieures de la caisse et qu’en cas d’impact, il pourrait n’y avoir aucun calage entre l’objet et la paroi de la caisse (voir la figure 14).
Figure 14. Verres de reproduction faits de chaux sodée. Les boîtes individuelles contenant des verres librement emballés dans du film à bulles se sont déplacées dans les granules de calage et se sont heurtées, entraînant ainsi des dommages aux objets.
L’industrie fournit des données détaillées sur le rendement de la plupart des matériaux de calage, ainsi qu’une procédure décrivant chaque étape nécessaire à la conception de calages protecteurs. La démonstration de la chute du pot d’argile illustre bien l’efficacité des matériaux de calage bien choisis (voir la figure 15). Dans les publications de fabricants de matériaux et d’autres sources, on trouve des données sur le calage sous forme de courbes dynamiques qui, avec un peu de pratique, sont faciles à interpréter. Pour simplifier le processus, tout en éliminant la nécessité d’interpréter des données graphiques, de comparer différents matériaux et d’exécuter des calculs répétitifs, des outils conviviaux de conception basés sur ces courbes ont été élaborés.
Figure 15. Un pot d’argile non cuit tombe d’une hauteur de 75 cm sur une plaque d’acier. a) Le support en mousse de polyéthylène et les coussins bleus en polystyrène (calage) offrent une certaine protection, mais pas suffisamment pour cet objet très fragile. b) Les données sur le rendement des calages indiquent que l’ensemble de coussins de polyuréthane éther (masse volumique de 24 kg/m3) – coupés à la même taille et à la même épaisseur que les quatre coussins de polystyrène illustrés – limitera la force des chocs à moins de 40 g. Il s’agit d’une réduction suffisante pour protéger le pot contre des chutes répétées d’une hauteur de 75 cm (on remarquera la déflexion des coussins au moment de l’impact). Le calage fonctionne en donnant plus de temps au pot pour arrêter lors de l’impact. Un tel résultat limite les forces d’impact à un niveau que peut supporter un objet sans subir de dommages.
Les composants de l’emballage assurent ensemble la protection des objets fragiles. La caisse d’expédition constitue la première ligne de défense contre les perforations, les bosselures et l’abrasion. Le traitement de la surface de l’objet et la façon dont celui-ci est soutenu ou restreint par un matériau de calage à l’intérieur d’un colis jouent également un rôle important dans l’efficacité globale du système d’emballage. Une condition essentielle pour amortir le choc est de s’assurer que l’objet peut s’enfoncer dans le matériau de calage au moment de l’impact. L’objet ainsi calé doit pouvoir se déplacer librement tout en évitant un jeu excessif. Il faut veiller à ce qu’il n’y ait pas de contraintes sur les pièces en saillie lorsque l’objet bouge ou s’enfonce dans le calage, et que le fini fragile de la surface ne subisse pas d’abrasion. Le support ou les fixations de l’objet peuvent transférer le mouvement loin des surfaces fragiles et des parties en saillie.
Il y a trois façons de réduire les effets de la vibration pendant l’expédition :
Le choix de véhicules à suspension pneumatique – au lieu des véhicules à suspension ordinaire – réduira l’intensité des chocs et des vibrations que subissent les objets pendant le transport. Les traitements de toiles illustrés aux figures 11 et 12, constituent une forme d’arrimage. Pour certains autres objets sujets aux vibrations, un arrimage direct est possible. Dans certains cas, le démontage de l’objet peut également représenter une solution. Un calage conçu pour isoler les chocs peut aussi isoler la vibration. Pour s’assurer d’obtenir ce résultat, il est essentiel que le calage soit plus souple que l’objet qu’il doit protéger. À la figure 16, on présente un exemple intéressant d’un composant souple et inaccessible.
Figure 16. Cœurs électrisés, une œuvre contemporaine de Catherine Richards, composée d’un récipient en verre évacué (terella) avec des électrodes latérales et une sphère inaccessible interne en verre, contenant un aimant. Le composant interne souple est vulnérable aux dommages, mais il est inaccessible. Pour sa protection, il fallait un amortisseur offrant plus de souplesse que celle de la partie sensible aux vibrations.
À l’aide d’une caisse double, on peut simplifier l’emballage d’objets aux formes irrégulières ou aux surfaces fragiles (voir la figure 17). La procédure consiste à fixer fermement l’objet sur un support de transit ou dans une coquille intérieure qui peut retenir délicatement l’objet dans tous les sens, et qui comporte des surfaces extérieures sans aspérité. On peut alors ceinturer la coquille (ou l’assemblage intérieur) de coussins, et insérer le tout dans la caisse d’expédition. De nombreux emballages pour objets très fragiles ont été conçus ainsi, et tous ont donné de très bons résultats.
Figure 17. Exemple d’un système à caisse double. Une fois conçue, une caisse comme celle‑ci peut servir à diverses applications, à condition que le poids du contenu demeure sensiblement le même. La seule exigence pour l’emballage dans cette caisse est de s’assurer que l’ensemble du contenu est solidement retenu dans la coquille intérieure.
Un système d’emballage doit être facile à utiliser et doit donner les résultats escomptés. Dans le cas d’emballages pour des expositions itinérantes, on a intérêt à utiliser des concepts simples avec des composants démontables clairement marqués et facilement manipulables par des tiers (retrait hors caisse et remballage ultérieur). L’emballage doit être facile à ouvrir et à fermer, sans avoir à exercer de la force sur son contenu ni à attacher l’objet calé à l’intérieur et restreindre ainsi son mouvement. Il est possible d’évaluer le rendement des caisses d’expédition sans avoir recours à des instruments élaborés : faire simplement tomber une caisse contenant des objets simulés sur un sol dur à l’aide d’un mécanisme de libération sécuritaire (ASTM 2001). On peut également utiliser des moniteurs pour évaluer le rendement d’un système de calage au moyen d’objets simulés (en poids et en taille) dans un contenant. Ces moniteurs peuvent varier, allant d’indicateurs de chocs réglables qui ne coûtent que quelques dollars, à des enregistreurs de données électroniques qui peuvent enregistrer de l’information sur les impulsions de choc et afficher les résultats par le biais de logiciels.
Figure 18. Dommages à la surface fragile de peinture qui a été en contact avec des coussins amortisseurs pendant le transport.
Une figurine en plâtre creux avec une surface de peinture poudreuse a été emballée dans une caisse d’expédition extrêmement bien faite et transportée par un manutentionnaire. Si, dans la plupart des cas, la technique suffit à assurer un transport sans problème, en arrivant à l’endroit de l’exposition, l’objet présentait d’importantes impressions en surface et n’a pu être montré. La méthode d’amortissement utilisée consistait à faire flotter l’objet directement sur des coussins en mousse de polyéthylène recouverts d’une feuille de téflon qui servait à réduire l’abrasion. Ce sont les mouvements entre l’objet et la feuille de téflon, ainsi que la concentration des charges qui sont à l’origine des impressions dans le pigment. On aurait pu les éviter en insérant la sculpture dans un support négatif et en faisant flotter l’ensemble sur des coussins afin d’éliminer tout mouvement de l’objet et de réduire au minimum les charges sur sa surface fragile. Une telle approche a déjà permis la protection de sculptures en plâtre creux avec des surfaces fragiles (Marcon, 1999). Heureusement, dans le cas de l’œuvre Blue Venus, il a été possible d’éliminer les impressions en surface à l’aide de techniques de conservation.
Un camion de transport a reculé, portes arrière ouvertes, le long d’une rampe inclinée d’un musée. À l’intérieur de la remorque se trouvait un fossile de dinosaure récemment restauré au coût de 250 000 $. La caisse a glissé hors du camion lorsque le conducteur a soudainement appliqué les freins. Elle est tombée sur la rampe en béton et le fossile s’est fracassée en miettes. La caisse aurait été convenable pour une manutention habituelle, mais elle ne comportait pas suffisamment de calage pour supporter une chute depuis le hayon. Si la caisse avait été bien arrimée à l’intérieur du camion, ou si elle avait été conçue pour un scénario catastrophe de chute depuis le hayon du camion, on aurait pu éviter ces dommages.
Une dessinatrice de meubles de Vancouver a expédié des échantillons en résine acrylique à un salon professionnel à New York dans un très grand conteneur. Les pièces de résine de grande taille, mesurant 50 mm d’épaisseur, sont arrivées à destination en morceaux. L’enquête menée par la suite a révélé que le grand conteneur n’était pas bien arrimé au véhicule de transport. On a pu démontrer qu’il avait bougé à plusieurs reprises pendant le transport. C’est ce mouvement, conjugué à l’impact entre les objets relativement lourds emballés individuellement dans des couches minces de film à bulle d’air, qui était à l’origine des dommages. On peut se procurer un documentaire vidéo décrivant l’incident auprès de la Canadian Broadcasting Corporation (CBC).
(rédigé par Jay Lewis, Terra Firm Earthquake Preparedness)
Bon nombre de musées et de galeries d’art dans le monde se trouvent dans des grandes zones urbaines où il y a risque de séismes intenses. Les importantes collections d’œuvres d’art et d’antiquités peuvent être endommagées ou perdues en raison de chutes, de collisions avec d’autres objets, de défaillances des systèmes de conditionnement de l’air, de dégâts par l’eau ou d’incendies. On peut réduire la plupart de ces risques au moyen de techniques d’atténuation de risques sismiques propres au domaine de génie.
Au cours d’un tremblement de terre, le mouvement du sol peut être horizontal et se produire dans plusieurs sens, ou encore vertical. En raison de son inertie, un objet d’art qui n’est pas bien arrimé au bâtiment aura tendance à demeurer à l’endroit où il se trouve quand le sol se met à bouger. Par conséquent, l’objet bascule, glisse ou tombe, et subit des dommages quand il heurte le bâtiment ou d’autres objets. Les forces sismiques agissent également sur le bâtiment et peuvent provoquer l’effondrement des plafonds et autres éléments structuraux, la rupture des canalisations d’eau, ou encore des incendies en raison de défaillances des systèmes électriques ou des systèmes d’alimentation en carburant.
Il existe un certain nombre d’options pour atténuer l’impact d’un tremblement de terre sur des œuvres d’art et des antiquités. On peut les regrouper selon les six « R » des mesures d’atténuation de risques sismiques, par ordre d’impact et de coût.
Retirer : Si l’objet n’est pas un élément essentiel de l’exposition, on peut le retirer de l’endroit pour ensuite le mettre en réserve, l’échanger ou le vendre.
Relocaliser : Pour un objet particulier, il peut y avoir des endroits plus sûrs à l’intérieur du bâtiment. Dans un endroit déterminé, les menaces peuvent provenir d’une autre œuvre d’art qui risque de basculer, ou d’une importante canalisation d’eau passant juste au‑dessus de la collection. En relocalisant les objets, on peut souvent réduire le risque à peu de frais.
Remplacer : S’il faut choisir entre un grand objet longiligne placé en équilibre sur une zone étroite, et un objet bas et large, c’est ce dernier qui représente le meilleur choix, du point de vue sismique. Le conservateur n’a pas toujours le choix, mais en général, les objets fragiles présentent plus de risques que les objets durables. Toutes choses étant égales par ailleurs, la substitution peut constituer une solution intéressante.
Renforcer : Sans porter préjudice à la valeur artistique d’une œuvre, on peut en renforcer certains éléments pour la rendre plus durable. L’œuvre peut ainsi résister aux forces sismiques sans subir de dommages importants.
Réduire : En réduisant les forces sismiques qui agissent sur les œuvres d’art, on réduit également le risque. On peut, par exemple, amortir et isoler le socle. L’amortissement permet une réduction partielle des forces grâce à des dispositifs qui absorbent de l’énergie, permettant ainsi de réduire ou d’éviter d’autres méthodes d’atténuation. En isolant le socle, l’objet est pratiquement déconnecté du bâtiment. Dans certains cas, c’est le bâtiment en entier que l’on isole. Cette approche fait usage de roulements à rouleaux ou de rouleaux en caoutchouc. Le choix de l’isolement comme méthode peut cependant être relativement coûteux.
Retenir : La dernière méthode consiste à retenir l’objet afin qu’il se déplace avec le bâtiment, sans basculer, glisser ou tomber. On peut y arriver en confinant ou en attachant l’objet. Le choix de le confiner peut être préférable, car on évite ainsi la pénétration de l’œuvre. Par contre, selon sa conception, le dispositif de retenue peut être très visible. Depuis très longtemps, on associe l’utilisation de différents mécanismes de retenue au domaine de la restauration. Par exemple, on utilise couramment de la cire, des rubans et des vitrines spécialisées. On introduit périodiquement sur le marché d’autres techniques et produits.À mesure que le prix d’œuvres d’art et d’antiquités augmente et que s’accroît la responsabilité associée à la santé et à la sécurité dans les lieux publics, l’atténuation efficace du risque sismique devient un élément important dans le travail du conservateur. De plus, comme les procédures sont complexes et qu’il faut faire preuve de diligence raisonnable, les restaurateurs font de plus en plus appel à des ingénieurs de structures pour obtenir des informations et des solutions normalisées ou adaptées à leurs besoins. Chaque établissement doit effectuer une évaluation préliminaire des risques sismiques qui pèsent sur sa collection en suivant une procédure généralement reconnue, comme la norme CAN-CSA S832 (2006) intitulée Diminution des risques sismiques concernant les composants fonctionnels et opérationnels des bâtiments (CFO) de l’Association canadienne de normalisation (CSA). C’est également la CSA qui a établi l’approche d’atténuation des risques sismiques – l’approche des six « R » – que nous avons présentée ci‑dessus. Une liste de priorités a été dressée en vue d’établir un plan d’atténuation et de prévoir un budget annuel pour ces travaux. Le processus établit des étapes claires de diligence raisonnable et réduit rapidement les risques, et ce, au moindre coût. Une fois les systèmes d’atténuation installés, leur maintien doit se faire en permanence et exige une attention et un financement réguliers.
Quand on choisit un système d’atténuation, il est important de préciser clairement, et à l’avance, les objectifs des travaux. Il s’agit notamment de déterminer les limites touchant l’utilisation de techniques de retenue d’objets (p. ex. : percer des trous), les incidences sur la qualité esthétique ou visuelle, ainsi que les objectifs de rendement (p. ex. : la sécurité des personnes, la protection du bien, ou les deux). Si l’on définit clairement ces paramètres, on s’assure que les solutions que proposent les concepteurs professionnels conviennent aux circonstances. Tout musée et toute galerie se trouvant dans une zone de risque sismique doivent disposer d’un programme d’atténuation des risques sismiques.