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Bulletin de l'ICC, nº 24, novembre 1999

Analyse de statues de bronze en plein air

par Jane Sirois, scientifique en conservation, Laboratoire de recherche analytique


L'Assemblée nationale à Québec, un édifice en pierre calcaire, a été construite entre 1877 et 1886 comme monument rappelant divers événements historiques. C'est dans cette intention commémorative que la façade du bâtiment a été décorée de nombreuses statues de bronze qui représentent de grandes figures de l'histoire, telles Montcalm, Wolfe et Frontenac. Certaines ont été montées sur un socle de pierre alors que d'autres étaient placées dans des niches.

Le Centre de conservation du Québec (CCQ) a entrepris de restaurer ces statues. Martha Singer, restauratrice de métaux au CCQ, a prélevé des échantillons sur ces bronzes en des endroits qui présentaient des problèmes inhabituels ou particulièrement graves et les a soumis au Laboratoire de recherche analytique de l'ICC pour qu'il analyse les substances qui s'y étaient formées sous l'effet de la corrosion.

Les résultats de l'analyse dépendent en grande partie de l'emplacement des sculptures. Les échantillons prélevés sur les statues sur socle contenaient beaucoup de composés de corrosion du plomb alors que ceux des bronzes installés dans des niches contenaient davantage de composés de corrosion du cuivre et de produits de patine (p. ex. brochantite, antlérite, cuprite et oxalates de cuivre). Cette série d'échantillons avait aussi une plus forte teneur en gypse et oxalates de cuivre (l'abri partiel assuré par les niches en pierre calcaire a très certainement joué un rôle dans ce phénomène) et contenait moins de composés de corrosion du plomb.

Figure 1

Les composés de corrosion du plomb découverts l'ont été dans les échantillons à patine grise des statues non protégées; ainsi, on a trouvé du sulfate de plomb et du carbonate hydroxyde de plomb dans la patine grise de la cuisse de Marquette. La présence de ces substances produites par la corrosion du plomb est très vraisemblablement due au toit en plomb de l'édifice, c'est-à-dire que l'eau pouvait dégouliner de ce toit sur les statues. Nous avons appris plus tard que l'on avait enlevé les gouttières de l'édifice au cours de rénovations antérieures, ce qui vient donner plus de poids à notre hypothèse.

L'analyse de ces bronzes nous a permis de mieux comprendre le processus de corrosion qu'ils ont subis et le rôle que joue l'emplacement dans les types de substances qu'on trouve à la surface des statues.