Ce
portrait au pastel a été exécuté
sur une fine feuille de papier collée sur une
toile tendue et fixée à un châssis.
Un examen au microscope a révélé
une surface rugueuse mais brillante et de couleur ambrée.
La surface est endommagée par des taches de dimensions
variées qui, comme toute tache d’eau, ont
un centre plus clair que le contour, mais qui n’ont
pas pénétré jusqu’au verso
de la toile.
Elizabeth Moffatt, scientifique en conservation, a
effectué à une spectroscopie infrarouge,
dans le Laboratoire de recherche analytique de l’ICC,
et en a conclu que la quantité de matériau
à l’origine des taches est si infime qu’il
est impossible d’en détecter la présence.
De plus, une analyse des échantillons a révélé
la présence d’un certain nombre de pigments
et de matières de charge dont du sulfate de baryum
qui date l’œuvre d’après 1782
ou 1783. Un essai ponctuel effectué sur le bord
extrême droit a montré que le papier était
extrêmement absorbant. L’essai a causé
l’apparition d’une tache d’eau typique
et semblable à celles déjà présentes
sur le dessin.
Parmi les causes possibles de taches, la plus probable
semble être l’humidité due sans doute
à une technique d’encadrement sans cale
qui a fait que le pastel reposait directement contre
le vitrage. Dans des conditions d’entreposage
loin d’être idéales, les taches ont
dû apparaître au cours de plusieurs périodes
d’humidité relative élevée.
Comme le mentionnent les ouvrages en conservation consultés,
et comme le confirme l’essai ponctuel, l’exposition
à l’humidité peut altérer
l’apparence des pigments de pastel. Il existe
autour de l’œuvre une marge sans tache d’environ
5 cm où le châssis de bois a sans doute
agi comme un tampon et absorbé la condensation
qui se formait.
Traitement
Après quelques essais préliminaires effectués
avec des outils pour soins dentaires, une petite tache
a été choisie pour être enlevée.
Le petit amas de pastel de la tache a été
écrasé au moyen d’une estompe ou
d’un tortillon. On a ainsi obtenu un petit tas
de poudre de la même couleur que celle du pastel
avoisinant (par modification de l’indice de réfraction).
À cette étape, le choix était de
se débarrasser de la poudre de pastel ou de la
réintégrer au fond relativement uni. Étant
donné que la poudre de pastel faisait partie
de l’œuvre originale, il a été
décidé de la réintégrer.
Les taches plus petites aux contours plus flous ont
ainsi complètement disparues, mais nous n’avons
réussi qu’à réduire les taches
aux contours plus marqués. Les couches supérieures
ont pu être réduites en poudre mais une
fine couche foncée restait fermement fixée
au subjectile. Il est possible que cela soit dû
à la dissolution par l’humidité
de l’enduit sur le papier. La réintégration
de la poudre de pastel n’a pu recouvrir la tache
sous-jacente que partiellement. D’autres essais
ont révélé qu’en utilisant
des outils plus tranchants ou qu’en travaillant
trop la matière, on risquait d’aggraver
le problème et d’avoir à faire des
retouches supplémentaires. Savoir quand s’arrêter
devint un aspect essentiel du traitement.
Après avoit rendu les taches moins apparentes,
deux auréoles très prononcées (coin
supérieur gauche et coin inférieur gauche)
ainsi que des lignes foncées, traces de tentatives
de restaurations antérieures, ont également
été estompées au moyen d’un
tortillon. Quelques retouches au pastel nécessaires
ont été effectuées. Une petite
déchirure et la partie décollée
sous les taches d’eau ont été réparées
avec une pâte à base d’amidon de
blé. Enfin, l’encadrement a été
modifié de façon à assurer un espace
entre le vitrage et l’œuvre.
Le pastel a été retourné au musée
du Château Ramezay où une vigilance sera
exercée pour déceler toute nouvelle apparition
de taches.
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