Le réglage de tension des tableaux - Notes de l'ICC 10/9

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La Note de l'ICC 10/9 fait partie de la dixième série des Notes de l'ICC (Peintures et sculptures polychromes)

Introduction

Les toiles tendues sur un châssis ont tendance à se relâcher. On peut parfois réussir à agrandir le châssis à coins extensibles et redonner ainsi à la toile une tension adéquate. Il s'agit toutefois d'une opération très délicate qui risque, si elle est effectuée incorrectement ou sans nécessité, de causer de graves dommages au tableau. Toute personne qui entreprend un réglage de tension devrait bien connaître les détails de cette opération et ses limites.

Le réglage de tension n'est pas une opération simple ou courante. Si l'on a des doutes quant à la façon de procéder, il convient de consulter un restaurateur expérimenté avant de commencer.

Les tableaux et les conditions ambiantes

Les tableaux réagissent aux variations de l'humidité relative. Il est essentiel de savoir que tous les éléments du tableau (le bois, la toile, l'encollage, la préparation et la couche picturale) réagissent aux fluctuations de l'humidité relative. La réaction globale des œuvres aux conditions ambiantes varie d'un tableau à l'autre selon le type de matériau utilisé et les réactions propres à chaque matériau.

Lorsque l'humidité relative diminue, les couches de peinture, de préparation et d'encollage se dessèchent, se contractent, se fragilisent et perdent leur souplesse; elles deviennent alors extrêmement rigides, et leur capacité de s'ajuster aux changements dimensionnels sans craqueler se trouve diminuée. Lorsque l'humidité relative augmente, ces couches absorbent de l'humidité et deviennent plus souples. Toutefois, si l'humidité relative dépasse environ 85 %, la toile peut avoir tendance à rétrécir. L'expansion et la contraction du bois du châssis influent aussi sur la réaction du tableau aux fluctuations de l'humidité relative.

Le réglage de tension est-il nécessaire?

La tension d'une toile varie selon divers facteurs, dont la nature des matériaux utilisés, les dimensions de l'œuvre et les conditions ambiantes.

Une toile peut être détendue, bien tendue ou trop tendue. Idéalement, la toile doit être « bien tendue » sur le châssis, c'est-à-dire soumise à une tension légère et régulière.

Il est toutefois normal et acceptable que la toile peinte se relâche ou se resserre un peu suivant les fluctuations saisonnières, et il n'y a pas lieu de régler la tension dans de tels cas.

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Placée à la verticale, une toile lâche est généralement bombée au centre et peut aussi s'affaisser légèrement vers le bas. Le réglage de tension a pour objet de corriger un léger relâchement général de la toile et de redonner au tableau une surface plane.

Un tableau dont la toile est détendue devrait demeurer en observation pendant une année entière afin de déterminer s'il s'agit d'une réaction temporaire à un changement climatique, en particulier à une variation de l'humidité relative.

Si le relâchement général de la toile persiste pendant toute une année, on peut envisager de procéder à un réglage minimal.

Un relâchement général de la toile peut souvent être corrigé par un réglage de tension. Toutefois, les déformations localisées, telles que les bosses ou les plis dans les coins, exigent un traitement de restauration par un spécialiste. On ne doit pas dans de tels cas procéder à un réglage de tension.

Un cadre trop étroit, ou encore un châssis ou un dos protecteur gauchis provoquent parfois une déformation générale de la toile, que l'on peut atténuer en utilisant tout simplement une méthode d'encadrement plus appropriée (Notes de l'ICC, no 10/8, L'encadrement des peintures; Notes de l'ICC, no 10/10, Dos protecteurs pour les peintures sur toile).

Quand doit-on régler la tension d'un tableau?

Le relâchement de la toile est plus ou moins préoccupant selon que le tableau est en réserve, exposé ou déplacé. Le relâchement d'une toile ne cause généralement pas de dommages immédiats à un tableau en réserve ou exposé en permanence. Celui-ci peut donc demeurer en observation pendant un certain temps sans risquer de se dégrader. Par contre, un tableau en transit et dont la toile bat, parce qu'elle est trop lâche, risque de subir des dommages.

Il est essentiel de tenir compte des réactions du tableau aux conditions ambiantes lorsqu'on règle la tension de la toile. Si cette opération s'avère nécessaire, elle doit être entreprise au milieu du cycle d'humidité relative auquel est soumis le tableau. Ainsi, dans des conditions hygrométriques non régularisées où l'humidité relative fluctue entre 20 % et 80 %, le réglage devrait être effectué lorsque le taux se situe entre 50 % et 60 %.

Ne jamais procéder à un réglage de tension lorsque l'humidité relative ou la température atteignent des extrêmes, en particulier pendant les périodes où le taux d'humidité relative est faible alors que les matériaux constitutifs du tableau perdent leur souplesse et deviennent fragiles. Si l'humidité relative est de 30 % au moment de procéder au réglage de la tension, le tableau est soumis à deux ou trois fois plus de contraintes que si le taux était de 50 %.

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Précautions

Le réglage de tension est une opération susceptible d'endommager les tableaux et qui, par conséquent, exige une extrême prudence.

Le réglage de tension n'est pas une opération idéale dans le cas des châssis rectangulaires, car les contraintes qui s'exercent sur les coins du tableau et sur les points d'attache de la toile au châssis sont alors généralement trop fortes.

Une tension excessive peut entraîner des déchirures le long des arêtes affaiblies d'une toile et provoquer des craquelures dans la couche picturale et la préparation.

Si, pendant le réglage, la toile devient trop tendue aux angles mais reste détendue au centre, il faut interrompre l'opération et consulter un restaurateur. Il sera peut-être alors nécessaire de modifier le châssis et de retendre la toile.

Il faut éviter de régler la tension d'une toile à tous les changements de saison. à chaque réglage, la toile s'agrandit un peu. Elle risque alors, à force d'être étirée, de se déchirer sur les bords.

Dans la plupart des cas, il est plus sûr de laisser un peu de jeu à la toile que de la tendre à l'excès.

Marche à suivre pour le réglage de la tension

Examen du tableau et du châssis

Examiner le tableau pour s'assurer que son état est stable et pour déterminer si on peut le déplacer en toute sécurité. Les tableaux dont la couche picturale se soulève ou s'écaille ne doivent être ni manipulés ni soumis à un réglage de tension. On doit, dans ce cas, demander conseil à un restaurateur.

Enlever soigneusement le cadre et le dos protecteur (le no 10/12 des Notes de l'ICC, Comment désencadrer un tableau).

Examiner l'état du support de toile. Une toile extrêmement fragile déchirée ou fendue sur les bords, ou dont les fils se brisent ou se désintègrent facilement, ne doit pas être soumise à un réglage de tension.

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Vérifier la résistance structurale, l'état général et la méthode d'assemblage du châssis. S'assurer que celui-ci n'a pas gauchi et que les barres sont adéquatement soutenues par des croisillons extensibles. Chercher à déterminer si l'expansion se fera d'une manière égale sur toute la longueur des barres du châssis et vérifier si les joints sont à onglets. Le réglage de tension de châssis à assemblage droit à tenon et mortaise provoque des déformations dangereuses dans les coins de la toile (figure 1). Ces châssis ne devraient pas être soumis à un réglage de tension à moins qu'ils n'aient été modifiés par un restaurateur.

Examiner les joints pour établir dans quelle mesure ils ont déjà été élargis. Si le joint est ouvert au point où sa résistance n'est plus adéquate, il conviendrait d'utiliser un nouveau châssis de plus grande dimension. Consulter alors un restaurateur.

Élargissement du châssis.
Figure 1. Élargissement d'un assemblage droit à tenon et mortaise.

Élargissement du châssis

Pour éviter de tendre la toile à l'excès, il est recommandé d'en régler la tension par étapes. Dans un premier temps, élargir légèrement tous les joints. Répéter l'opération au besoin, en veillant à n'augmenter que très peu la tension. Il ne faut pas chercher à obtenir une juste tension du premier coup.

Les deux mécanismes d'extension les plus communément utilisés pour l'élargissement des châssis sont les clés de bois et les tourniquets.

Clés de bois

Il s'agit de petits coins de bois qui s'ajustent dans les rainures situées à l'angle interne du joint et dans les croisillons. En règle générale, chaque angle est muni de deux clés. Lorsqu'on insère à petits coups les clés dans leurs rainures, les barres du châssis s'entrouvrent (figure 1). S'il manque des clés, il faut en fabriquer de nouvelles (Notes de l'ICC, no 10/8, L'encadrement des peintures).

Si les clés sont brisées ou si elles sont trop petites pour qu'on puisse élargir davantage le châssis ou encore si elles ressortent par le bord extérieur du châssis, elles doivent être remplacées. Il est difficile d'enlever les clés coincées dans les rainures. Il vaut mieux les y laisser si on ne parvient pas à les dégager avec les doigts. Consulter alors un restaurateur.

Les petits tableaux peuvent être tenus à la verticale sur une table pendant qu'on enfonce les clés. Les œuvres de plus grandes dimensions peuvent être posées à plat, côté peinture vers le bas, sur des blocs matelassés placés en diagonale dans les angles du tableau (Notes de l'ICC, no 10/2, Fabrication de blocs matelassés). Recouvrir ces blocs de Mylar pour que le tableau puisse glisser légèrement, sans difficulté.

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En commençant par l'un des coins, insérer délicatement un morceau de carton mince et rigide (p. ex., du carton à passe-partout de 2 ou 4 plis) entre la toile et le châssis pour protéger l'envers du tableau contre les coups de marteau accidentels. Il suffit de faire glisser le carton sur une longueur de quelques centimètres à l'intérieur du châssis. Si l'on cherche à insérer davantage le carton, le bord du tableau risque d'être soumis à des contraintes (figure 2). élargir les coins l'un après l'autre, en travaillant dans le sens des aiguilles d'une montre ou en sens contraire. Si le tableau traité est posé à plat sur des blocs matelassés, on insère les deux clés d'un même coin, puis on passe au coin suivant. Toutefois, si l'on tient le tableau à la verticale pendant l'opération, on doit insérer les clés verticales des deux coins inférieurs avant de tourner le tableau pour insérer les clés verticales des deux coins suivants (figures 3a à 3d).

Clés insérées dans le châssis et fixées au moyen d'un adhésif.
Figure 2. Clés insérées dans le châssis et fixées au moyen d'un adhésif à base de silicone (vue en coupe).

Tenir le tableau à la verticale et enfoncer les clés inférieures 1 et 2.
Figure 3a. Tenir le petit tableau à la verticale et enfoncer les clés inférieures 1 et 2 (coins inférieurs de l'image).

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Tourner le tableau et enfoncer les clés 3 et 4.
Figure 3b. Tourner le tableau et enfoncer les clés 3 et 4 (coins inférieurs de l'image).

Tourner le tableau et enfoncer les clés 5 et 6.
Figure 3c. Tourner à nouveau le tableau et enfoncer les clés 5 et 6 (coins inférieurs de l'image).

Tourner le tableau et enfoncer les clés 7 et 8.
Figure 3d. Tourner le tableau une fois de plus et enfoncer les clés 7 et 8.

À l'aide d'un marteau de tapissier, insérer délicatement les clés. Le nombre de coups doit être minimal. Veiller à ce que le marteau n'effleure pas le carton de protection. Ne frapper que les clés. à mesure que chaque clé s'insère dans sa rainure, les barres du châssis s'allongent. Déplacer le carton d'un coin à l'autre, au fil du travail. Donner le même nombre de coups sur chaque clé, toujours avec la même force. Lorsque toutes les clés ont été insérées, allonger les croisillons de la même façon. Si la toile est encore lâche, recommencer l'opération en donnant toujours le moins de coups possible.

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Éviter de trop tendre la toile. Il ne faut pas oublier que le réglage de tension a pour objet de corriger les déformations provoquées par le relâchement de la toile. Sitôt que la surface du tableau est redevenue plane, il faut cesser d'insérer les clés. Il peut y avoir une différence de tension entre les coins et le centre du tableau, mais elle devrait être légère. La toile doit être « juste assez tendue » au centre. Les coins seront soumis à une tension plus forte, mais ils ne devraient jamais être tendus comme une « peau de tambour ». Fixer les clés au châssis selon la méthode décrite dans L'encadrement des peintures (Notes de l'ICC, no 10/8).

Tourniquets

Ces mécanismes, propres surtout aux châssis Lebron, permettent d'élargir ou de resserrer les coins du châssis. La rotation des tourniquets se fait au moyen d'un clou ou d'un goujon de métal que l'on insère dans les trous (figure 4).

Tourniquet.
Figure 4. Mécanisme d'expansion à tourniquet.

La meilleure façon d'élargir ce type de châssis est de placer le tableau sur des blocs matelassés recouverts de Mylar, côté peinture en dessous, tel que susmentionné.

Pour élargir le châssis, procéder comme pour les châssis à clés de bois. Travailler toujours dans le même sens, en passant d'un coin du tableau au suivant, et donner le moins de tours possible, et chaque fois le même nombre.

Réencadrement du tableau

Remettre le dos protecteur en place. Il peut arriver qu'un tableau dont on a réglé la tension soit à l'étroit dans son ancien cadre. Il faudra peut-être alors modifier celui-ci avant de réencadrer l'œuvre (Notes de l'ICC, no 10/8, L'encadrement des peintures).

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Ouvrages à consulter

  1. Institut canadien de conservation. Dos protecteurs pour les peintures sur toile, Notes de l'ICC, no10/10, Ottawa, Institut canadien de conservation, 1993.

  2. Institut canadien de conservation. L'encadrement des peintures, Notes de l'ICC, no 10/8, Ottawa, Institut canadien de conservation, 1993.

  3. Institut canadien de conservation. Fabrication de bloc matelassés, Notes de l'ICC, no 10/2, Ottawa, Institut canadien de conservation, 1986.

  4. Institut canadien de conservation. Comment désencadrer un tableau, Notes de l'ICC, no 10/12, Ottawa, Institut canadien de conservation, 1993.


Texte également publié en version anglaise
Copies are also available in English.

© Gouvernement du Canada, 1993
No de cat. : NM 95-57/10-9-1993F
ISSN 1191-7237


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